L'ésotérisme est, littéralement, la science des choses cachées. Il ne s'agit pas d'une discipline autonome mais d'une appellation générale servant à désigner un type de doctrines.
Est ésotérique une doctrine qui, partageant la conception du monde d'un système religieux ou laïque donné, en propose une lecture particulière réservée à un nombre restreint d'« initiés » (Exemples : la kabbale, courant ésotérique lié au judaïsme ; le soufisme, qui est l'ésotérisme rattaché à l'islam, etc.).
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A son origine, l'ésotérisme désigne un enseignement professé soit à l'intérieur d'une école, ou dans une relation particulière à un maître spirituel, et de fait réservé respectivement aux membres initiés au sein de l'école ou par le maître. Communément, le terme d'ésotérisme désigne une connaissance réservée à quelques-uns et se comprend essentiellement par rapport à son contraire, l'exotérisme, qui correspond quant à lui aux croyances, rites et enseignements véhiculés par les religions et traditions et qui s'adressent indifféremment à tous les membres d'une communauté. L'ésotérisme n'est pas à confondre avec le paranormal et l'occultisme.
L'ésotérisme désigne plus précisément la partie secrète d'un enseignement donné, en général métaphysique ou religieux, partie à laquelle accède l'étudiant qui a reçu la partie exotérique (publique) de l'enseignement, suite à une initiation. Certaines traditions ésotériques requièrent que cet enseignement demeure secret, et créent ainsi des statuts d'initiés, ces derniers pouvant obéir à de véritables hiérarchies (par exemple dans la franc-maçonnerie).
En résumé, tout enseignement provenant de ce qu'on appelle une « école des mystères », comme par exemple celles des Rose-Croix, des Templiers, des Cathares, de la Gnose, comporte une partie exotérique (pour le profane) et une partie ésotérique (pour l'initié). Les religions officielles ont, elles aussi, toujours véhiculé une tradition ésotérique, allant parfois jusqu'à des pratiques plus ou moins magiques ou occultes, qui ont pu être jugées « sataniques » selon les cas et les époques.
L'enseignement ésotérique comporte toujours deux types de connaissances : une partie de l'enseignement est théorique, et l'autre partie est composée de pratiques (par exemple, méditation, invocation, magie, etc.). Cette dualité de la connaissance explique la nécessité pour cet enseignement de se donner soit dans le cadre de la relation à un maître, soit dans le cadre d'une école.
L'ésotérisme fait usage de symboles. Ces derniers peuvent être empruntés aux mondes des sciences (physique, chimie, biologie ou mathématiques) ou au monde réel. Le rôle du symbole dans l'ésotérisme est de signifier autre chose que la lecture traditionnelle du concept utilisé comme symbole (voir les deux points de vue ci-dessous), soit un sens caché accessible à la raison, soit une représentation approximative d'une expérience spirituelle.
On pourra citer comme symboles fréquemment utilisés dans diverses traditions ésotériques, le pentagramme ou l'Hexagramme sacré, empruntés à la géométrie, le nombre d'or aux vertus magiques et mystérieuses ou le nombre Pi, emprunté aux mathématiques, mais aussi les animaux comme la tortue ou le bouc, ou des fleurs comme les roses.
Jorge Luis Borges, dans sa nouvelle La secte du Phénix, entreprend une lecture ironique et intellectuelle du secret ésotérique en mettant en scène une secte qui protège un secret comme un trésor, ce secret étant une trivialité bien connue de tous. Plus que de railler la mécanique des sociétés secrètes et de leur soi-disant secret, c'est à une histoire elle-même symbolique d'un autre message que Borges nous convie.
Dans le « Le Pendule de Foucault », Umberto Eco, s'inspirant de Borges, présente un modèle des sciences occultes reposant sur la notion de secret : le plus grand secret est celui qui ne cache que lui-même, un peu comme un oignon qui au fil des peaux que l'on ôte ne révèle rien d'autre qu'un oignon ; cependant, plus on l'épluche, plus cela fait pleurer les yeux.
Toujours d'après Eco, Professeur de sémiologie et satrape du Collège de ’Pataphysique, là où l'ésotérisme prend tout un sens réside dans ce système de connaissance qui fait appel à lui-même avec une grande richesse de sens. Parmi quelques exemples remarquables de ces systèmes "complets", on trouve la Bible, le Coran et, de façon simplifiée, le Tarot de Marseille.
Les lectures ésotériques du monde ou des textes saints (Bible, Coran) sont nées de la nécessité d'exprimer des sentiments d'ordre spirituel avec des mots. Aucun mot du vocabulaire courant ne correspondant à cette tâche, la lecture ésotérique fait appel à des paraboles, à des images ou à des symboles, plus par obligation que par volonté de cacher les choses. Il résulte de ce vocabulaire une impression de mystère chez les non-initiés, alors que l'usage du symbolisme est consubstantiel avec l'expression parlée ou écrite de la spiritualité.
Ainsi, une grande partie des alchimistes, lorsqu'ils prétendaient changer le plomb en or, n'avaient pas d'objectif d'augmenter leurs richesses matérielles, mais au contraire affichaient une symbolique recherche de richesse spirituelle. Les symboles de plomb et d'or sont respectivement les symboles de l'homme brut et de l'homme révélé. Par ailleurs, le fait que ces symboles soient liés à la sphère matérielle et bassement pécunaire du monde était un moyen pour les alchimistes d'estimer les personnes venant les voir. Une personne étant attirée par l'appât du gain ne pouvait prétendre au savoir spirituel tandis qu'une autre, à qui l'image symbolique parlait, pouvait entrer dans l'enseignement du maître.
De manière générale, la lecture et la compréhension des symboles détermine le niveau de maturité spirituelle d'une personne et par conséquent sa capacité à comprendre la tradition ésotérique dans laquelle elle s'inscrit.
Les lectures ésotériques de la Bible sont et ont toujours été très critiquées par les théologiens, notamment dans le christianisme.
Si la Kabbale juive propose une exégèse ésotérique licite de la Torah, soit des cinq livres de Moïse (extraits de l'Ancien Testament) au travers du Zohar, il n'en est pas de même des lectures ésotériques du Nouveau Testament qui ont toujours été critiquées comme des contre-sens. Jean-Pierre Sonnet, jésuite et professeur à l'Institut d'études théologiques de Bruxelles, par exemple, citant l'Evangile selon Saint-Marc, « Rien n’est caché, sinon afin qu’il soit manifesté » (Mc 4,22), indique que "Loin donc de faire le jeu de logiques ésotériques, l’évangile de Marc mise sur les capacités du lecteur de faire surgir l’identité de Jésus de la narration tout entière" (source [1]). Cette vision est contestée par les ésotéristes, comme les soufis, qui voient dans la Passion de Jésus le symbole d'un chemin mystique personnel vers Dieu.
Selon les mystiques soufis, adeptes d'une lecture ésotérique de l'islam, Le Coran peut être lu de plusieurs manières différentes : on parle dans la tradition de sept lectures différentes du Coran, mais les soufis laissent entrevoir la possibilité d'un plus grand nombre de ces lectures.
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