Alexandre le Grand ou Alexandre III de Macédoine (en grec ancien Ἀλέξανδρος Γ' ὁ Μακεδών / Aléxandros III o Makedốn, Alexandros signifiant « protecteur de l'homme ») (21 juillet 356 av. J.-C.–13 juin 323) est sans aucun doute le souverain le plus célèbre de l'Antiquité. Fils de Philippe II de Macédoine, élève d'Aristote et roi de Macédoine en 336 av. J.-C., il est l'un des plus grands conquérants de l'Antiquité, fait de son petit royaume le maître de l'immense empire achéménide et s'avance jusqu'aux rives de l'Indus. Il fonde aussi de nombreuses cités et notamment Alexandrie en 331 av. J.-C.
Le mythe d'Alexandre s'explique principalement par ses prétentions à la conquête universelle (du monde entier). Cette aspiration, à la fois impossible et presque réalisée avant qu'il ne soit foudroyé à l'âge de 33 ans, eut comme conséquence — durant un temps très court — une unité politique jamais retrouvée ensuite entre l'Occident et l'Orient.
L'héritage d'Alexandre, également marqué par les cultures grecque, occidentale et orientale, fut partagé entre ses généraux : il s'agit des différents royaumes et dynasties de la période hellénistique.
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Alexandre est le fils de Philippe II de Macédoine et d'Olympias, princesse d'Épire, sa troisième femme. Par sa mère, il est le neveu d'Alexandre le Molosse, roi d'Épire, territoire qui se situe de nos jours entre la région grecque d'Épire et le Sud de l'actuelle Albanie.
La légende veut qu'Olympias n'ait pas conçu Alexandre avec Philippe, qui avait peur d'elle et de son habitude de dormir en compagnie de serpents, mais avec Zeus. Alexandre se servit de ces contes populaires à des fins politiques, faisant référence au dieu plutôt qu'à Philippe quand il évoquait son père. Une autre légende, d'origine égyptienne celle-là, (Roman d'Alexandre) veut qu'Alexandre soit le fils du dernier pharaon égyptien de la XXXe dynastie, Nectanébo II.
Par son père Philippe II, Alexandre descendrait de Téménos d'Argos, lui-même descendant d'Héraclès, fils de Zeus — pour cette raison, la dynastie macédonienne s'appelle dynastie des Argéades ou des Téménides. Par sa mère, Olympias, de la dynastie des Éacides, Alexandre affirmait descendre de Néoptolème, fils d'Achille et de Déidamie.
Située dans le Nord de la Grèce actuelle, la Macédoine est l'une des régions pélasgiques antiques. La langue parlée est alors l'un des nombreux dialectes grecs, cependant, dès l'époque du roi Archélaos (fin du Ve siècle av. J.-C.), la langue officielle de la cour et de la chancellerie macédonienne devient l'ionien-attique. Philippe, qui a séjourné à Thèbes comme otage (entre 369 et 367 av. J.-C.), le parle pour sa part couramment.
Après avoir été éduqué par Léonidas et Lysimaque d'Acarnanie, Alexandre reçoit pour précepteur le philosophe Aristote de 343 à 340 av. J.-C. Ce dernier est le fils de Nicomaque, médecin d'Amyntas III, le grand-père d'Alexandre. Il rédige une édition annotée de l'Iliade pour son élève. Alexandre lit également Hérodote et Xénophon, auteurs qu'il sut exploiter lors de ses conquêtes.
Plusieurs compagnons d'enfance d'Alexandre se retrouveront à ses côtés lors de la conquête de l'Asie.
Image:AlexandreTheGreat Louvre.jpg Bien que considéré comme barbare par les Athéniens, le royaume de Macédoine a, sous le règne de Philippe, étendu son hégémonie sur la Grèce classique. Il vainc Athènes aux Thermopyles en 352 av. J.-C., intervient dans un conflit entre Thèbes et les Phocidiens, triomphe d'une coalition d'Athènes et de Thèbes à la bataille de Chéronée, en 338 av. J.-C.. Alexandre y fait ses preuves en commandant la cavalerie et en taillant en pièces le bataillon sacré des Thébains.
Philippe est également l'initiateur de la ligue de Corinthe, rassemblant toutes les cités grecques, à l'exception de Sparte, sous son commandement. La ligue doit porter la guerre contre l'Empire perse. En 340 av. J.-C., en l'absence de son père parti assiéger Byzance, Alexandre devint régent de Macédoine.
En 337 av. J.-C. cependant, une violente dispute oppose le père et le fils quand Alexandre prend le parti de sa mère Olympias à laquelle Philippe souhaite imposer Cléopâtre, sœur ou nièce d'un général de Philippe, Attale, comme seconde épouse légitime et dont il a bientôt un fils. Alexandre doit se réfugier dans la famille de sa mère en Épire. Cependant la brouille ne dure guère et bientôt pardonné, Alexandre sauve la vie de son père lors d'une expédition contre les Triballes.
Lors de l'été 336 av. J.-C., Philippe est assassiné lors du mariage de sa fille Cléopâtre avec le roi Alexandre le Molosse d'Épire, le frère d'Olympias. L'assassin supposé est un ancien officier du roi, le jeune noble Pausanias, qui gardait une dent contre Philippe, le dernier ayant ignoré une demande qu'il lui aurait faite. Les historiens de l'Antiquité ont longtemps cru que le meurtre de Philippe avait été une machination impliquant Olympias et peut-être Alexandre. Une autre hypothèse nie l'implication d'Alexandre et met en cause Darius III, le nouveau roi de Perse. Plutarque mentionne une lettre virulente d'Alexandre à Darius, où le Macédonien blâme Darius (et Bagoas, son grand vizir, dont Darius III se débarrasse rapidement), pour le meurtre de son père, soutenant que c'est Darius qui s'était vanté auprès des differentes cités grecques de la façon dont il avait fait assassiner Philippe.
Après la mort de Philippe, l'armée proclame Alexandre, alors âgé de 20 ans, nouveau roi de Macédoine. Les villes grecques comme Athènes et Thèbes, qui avaient prêté allégeance à Philippe, ne sont pas si pressées de faire de même vis-à-vis du jeune homme. Alexandre ordonne immédiatement l'exécution de tous ses rivaux potentiels. Ainsi, pour ne pas avoir de concurrent au trône, il fait assassiner son cousin Amyntas IV, roi de Macédoine vers 360 av. J.-C./359 av. J.-C. que Philippe II avait renversé alors qu'il n'était qu'un enfant. Quant à Olympias, profitant d'une absence de son fils parti guerroyer au nord, elle fait tuer le fils de Philippe II et de Cléopâtre et contraint cette dernière à se pendre. L'oncle de cette dernière, Attale, qui se trouve en campagne en Asie avec Parménion, est également assassiné. Impossible de savoir si elle agit avec l'assentiment d'Alexandre ou non ; toujours est-il que le nouveau roi de Macédoine n'a plus de rival capable de lui contester le trône.
Il n'est pas seulement roi des Macédoniens, mais aussi, comme son père, archonte à vie des Thessaliens et hégémon (ἡγεμών, « commandant en chef ») et stratège autoproclamé de la ligue de Corinthe. De fait, la politique de la Ligue est entièrement dictée par les macédoniens Philippe puis Alexandre. Cependant, avant de reprendre le projet de son père de porter la guerre en Asie, il assure la sécurité de son royaume par deux expéditions au nord de la Macédoine; l'une jusqu'au Danube, l'autre en Illyrie révoltée (fin de l'année 336 av. J.-C. et début de l'année 335 av. J.-C. jusqu'en été). Suivant Strabon et Arrien, des émissaires celtes — les ancêtres des Scordisques du milieu du IIIe siècle — rencontrèrent Alexandre sur le Danube, à cette occasion en 335 av. J.-C. L'anecdote suivante est rapportée :
« Quand Alexandre eut vaincu les Gètes et rasé leur ville, sur le Danube, il lui vint des ambassades de tous côtés et entre autres des Gaulois, qui sont (dit-il) de grands hommes. Alexandre leur demanda alors ce qu'il craignaient le plus au monde, en s'attendant à ce que ces gens disent qu'ils ne craignaient rien plus que lui : mais il fut détrompé car il avait affaire à des gens qui ne s'estimaient pas moins que lui ; ils lui dirent que la chose de ce monde qu'ils craignaient le plus était que le ciel ne tombât sur eux, ce qui signifiait qu'ils ne craignaient rien. »
C'est alors que, profitant du fait que le nouveau roi de Macédoine est occupé au nord, les cités grecques se révoltent.
La réponse d'Alexandre est à la fois foudroyante, impitoyable et paradoxale. Impitoyable, car la ville de Thèbes est entièrement rasée ( automne 335 av. J.-C.), à l'exception de la citadelle de la Cadmée, de la maison natale de Pindare et de sa population, réduite en esclavage. Paradoxale, car Alexandre épargne Athènes, trop heureuse de se soumettre. Sans doute faut-il voir dans cette générosité la volonté de ne pas détruire le principal centre artistique, philosophique de la Grèce, ou bien l'influence de son ancien maître Aristote qui s'installe cette même année 335 av. J.-C. à Athènes et y fonde le Lycée. Cela dit, les accès de fureur chez Alexandre alternent fréquemment avec des gestes de grande générosité, la destruction de Thèbes et le pardon d'Athènes n'étant que les premiers d'une longue liste.
Au final, Alexandre est assez peu présent comme souverain dans son royaume. Quand il quitte l'Europe au printemps 334 av. J.-C. pour son expédition en Asie, c'est pour ne jamais y revenir.
Voir aussi : Comparaison entre les armées d'Alexandre le Grand et de Darius.
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Durant l'hiver 338-337, Philippe de Macédoine constitue la ligue de Corinthe, ayant déclaré la guerre à la Perse. Alexandre est le continuateur de l'œuvre de son père.
En 334, Alexandre passe en Asie avec environ 32 000 fantassins et 5000 cavaliers. Il part de sa capitale Pella et, en 20 jours, atteint Sestos en Chersonèse. Tandis que Parménion est chargé par le roi de transporter l'armée à Abydos, tête de pont crée par Philippe II sur l'Hellespont, Alexandre se dirige vers Éléonte où il rend sacrifice au premier héros tombé lors de la guerre de Troie, Protésilas. Ce geste est le premier d'une longue liste qui illustre la volonté du roi de frapper les imaginations en se faisant passer pour le nouvel Achille, sans qu'il soit d'ailleurs possible de savoir s'il est sincèrement pénétré de la fierté d'appartenir à la race du héros ou s'il s'agit d'une simple gestuelle théatrale à destination de ses soldats et des peuples d'Asie mineure et de Grèce. C'est ainsi qu'il débarque en Asie près de l'emplacement supposé de Troie, dresse des autels dans le temple d'Athéna à Ilion, puis va mettre une couronne sur le tombeau d'Achille, tandis que Héphaestion fait de même sur celui de Patrocle <ref>Arrien, Anabase, I, 11, 6-12.</ref>. Ce n'est qu'après qu'Alexandre rejoint son armée à Arisbé en quatre jours, en contournant par le nord le massif du Pityos. Le principal chef mercenaire grec de Darius III, Memnon de Rhodes, est partisan de la politique de la terre brulée face aux Macédoniens, dont il estime à juste titre la valeur. Il propose que l'armée entraîne vers l'intérieur du pays, sans combattre, les troupes d'Alexandre tandis que la flotte perse porte la guerre jusqu'en Macédoine. Memnon pouvait légitimement espérer une révolte des cités grecques, s'appuyant sur l'or de Darius et sur le légitime ressentiment contre Alexandre à la suite du saccage de Thèbes. Mais les satrapes perses se méfient des conseils d'un étranger et ne tiennent aucunement compte de son avis. Arsitès, le satrape de Phrygie, déclare qu'il ne laissera pas brûler une seule maison de sa satrapie.
Voir aussi : Bataille du Granique.
La victoire d'Alexandre a une conséquence importante : jusqu'à la bataille d'Issos, il n'a que de simples garnisons laissées dans les villes pour s'y opposer <ref> Plutarque, Vie de Camille, 19, 6.</ref>. Dans la foulée du Granique, Sardes, la capitale de Phrygie, se rend sans résistance, tandis que Parménion s'empare de Dascylion. La ville d'Éphèse, en proie à des luttes de factions et où Memnon s'était réfugié après la bataille, voit le parti démocratique favorable à Alexandre l'emporter. Celui-ci s'attire habilement la sympathie des habitants de la ville en confiant au temple d'Artémis le tribut que la ville payait jusqu'alors à Darius et en rappellant les bannis.
Les adversaires d'Alexandre se sont réfugiés à Milet, où Memnon reprend les choses en main après les velléitées de trahison à la cause perse par Hégésistrate, le chef des mercenaires grecs au service de Darius. La ville est prise en juillet 334 av. J.-C. après qu'Alexandre interdit à la flotte perse de mouiller sur la côte en prenant le cap Mycale.
Cependant Memnon s'est réfugié à Halicarnasse dont le roi Pixodaros, le frère du célèbre Mausole, s'est rangé du côté des Perses. Alexandre fait de Ada la sœur de Pixodaros, que celui-ci avait renversé, la satrape de Carie. Celle-ci l'adopte alors comme son fils. Reste à s'emparer de la ville qui comporte deux citadelles dont l'une sur une île. Alexandre après la prise de Milet vient de commettre une erreur, celle de licencier sa flotte. Aussi ne peut-il s'emparer que de la ville basse tandis que les deux acropoles restent aux mains des mercenaires grecs de Darius. Aussi Alexandre poursuit-il sa route en laissant sous le commandement de Ptolémée une troupe de 3000 fantassins et 200 cavaliers poursuivre le siège <ref> Pierre Jouget, L'impérialisme macédonien et l'hellénisation de l'Orient, Albin Michel, 1972, p.31 </ref>.
Alexandre se dirige alors vers la Lycie et s'en empare sans grande résistance. Puis à la fin de l'année 334 av. J.-C. et au début de 333 av. J.-C. il pénètre en Pamphylie puis en Pisidie. Ces régions n'appartiennent que très nominalement à l'empire achéménide. Le plus souvent ces villes sont autonomes et rivales entre elles. De ces rivalités, Alexandre va jouer et reçoit la soumission d'Aspendos (à l'est de la ville actuelle d'Antalya), de Sidé (aujourd'hui le port de Selimye à environ 60 kilomètres à l'est d'Antalya). Puis il remonte vers la Phrygie et combat les habitants de la ville de Termessos (34 km au nord-ouest d'Antalya) sans réussir à prendre la ville, traite avec bienveillance leurs ennemis de la cité de Selge, s'empare de Sagalassos et parvient enfin à Gordion (village actuel de Yassihöyük). Il y trouve des renforts venus à la fois de Macédoine et de Grèce ainsi que Parménion qui venait en partie d'hiverner à Sardes. Le gouvernement de la Pamphilie et de la Pisidie est confié à Néarque.
La première partie de la campagne d'Alexandre est terminée. La situation est indécise car certes le roi de Macédoine vient de remporter de glorieux succès mais il doit faire face à plusieurs incertitudes. Pour certains membres de son entourage, dont Parménion est semble t-il le représentant, l'objectif de Philippe II, théorisé par Isocrate à savoir la conquète de l'Asie jusqu'aux rives de l'Halys, est atteint. Un vaste territoire est conquis par la Macédoine et ouvert à la colonisation et l'influence hellénique. Mais Isocrate, dans les projets qu'il avait présenté à Philippe envisageait une seconde solution : l'anéantissement de l'empire perse. C'est cet objectif que souhaite atteindre Alexandre. Cela explique d'ailleurs pourquoi, bien qu'il proclame sa volonté d'agir en qualité de chef des Hellènes, il s'appuie avant tout, du moins au départ, sur les Macédoniens considérés comme plus fiables et attachés à sa personne par la fidélité dynastique. C'est pourquoi il ne reste qu'assez peu de temps à Gordion, où l'épisode du nœud gordien, s'il est authentique, lui promet l'empire d'Asie (Alexandre se voit présenter le nœud gordien : il est dit que la personne qui arrivera à dénouer ce nœud acquerra l'empire de l'Asie. Alexandre, d'un coup de son épée, tranche le fameux nœud), et cela alors que la situation n'est pas totalement sans risque sur ses arrières.
En effet lors de l'hiver 334 av .J.-C. Darius donne le commandement de sa flotte à Memnon de Rhodes. Celui-ci envisage de porter la guerre en Macédoine en débarquant en Grèce (on parle de l'Eubée) et en organisant une révolte générale. Le sentiment anti-macédonien demeure vivace dans de nombreuses cités. L'idée d'une guerre de revanche contre les Perses, par rapport aux guerres médiques, idée développée par Alexandre et ses partisans en Grèce ne rend pas acceptable à leurs adversaires l'hégémonie macédonienne. N'oublions pas que des soldats grecs combattent dans les deux camps. Menmon reprend Chios, qui lui est livrée par le parti oligarchique (cette tendance politique sera globalement toujours hostile à Alexandre dans les cités grecques contrairement au parti démocratique) puis il rétablit le tyran Aristonicos à Méthymne et met le siège devant Mytilène. C'est alors que Memnon meurt (fin de l'été 333 av .J.-C.) et que son plan est abandonné par Darius III. Il est en effet décidé que Darius lui-même marchera à la tête de son armée contre Alexandre. Autophradatès et Pharnabaze remplacent Memnon à la tête de l'armée et de la flotte. Pharnabaze reprend Milet et Halicarnasse mais doit se séparer de ses mercenaires grecs qui vont rejoindre, sans doute par mer, l'armée que Darius rassemble.
Cependant il est clair qu'Alexandre estime avoir fait une erreur en licenciant sa flotte. C'est pourquoi il charge deux officiers, Hégélochos et Amphotéros (le frère de Cratère) d'en reconstituer une de nouveau. Il s'en faut de peu qu'un conflit éclate avec Athènes dont les vaisseaux venus du Pont-Euxin sont interceptés par Hégélochos. Celui-ci doit faire face à une menace d'intervention de la flotte d'Athènes et relache les vaisseaux. Cet épisode illustre la nécessité pour Alexandre d'une victoire en Asie pour empécher toute tentative de révolte en Grèce. C'est pourquoi, quand au début de l'été 333 av. J.-C. il apprend que Darius III marche sur la Cilicie, Alexandre quitte Gordion.
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En quittant Gordion, Alexandre se rend dans un premier temps à Ancyre et reçoit la soumission de la Paphlagonie puis celle de la Cappadoce jusqu'à l'Halys. Il pousse ensuite vers le sud, pénètre en Cilicie par le passage gardé par le satrape Arsamès des « portes ciliciennes » (passes de Gulek Boghas). Il fait étape à Tarse et y tombe malade plusieurs semaines (sans doute les suites d'une hydrocution après une baignade dans le fleuve Kydnos <ref> Pierre Briant, Alexandre le Grand, De la Grèce à l'Inde, Collection Découverte Gallimard, édition de janvier 2005, p.48 </ref>. Cependant Parménion, véritable second du roi lors de l'expédition, occupe les passes qui permettent le passage de la Cilicie à la plaine d'Issos (col de Karanluk-Kapu) puis celles qui au-delà contrôlent le passage vers la Syrie (passes de Merkès et de Baïlan). Alexandre, une fois sur pied, soumet, en 7 jours selon Arrien, les populations montagnardes de Cilicie et s'empare de Soles où il rétablit, en théorie du moins, la démocratie. Il apprend à ce moment la pacification de ses arrières avec les victoires de Ptolémée en Carie sur le satrape Orontobatès et la chute d'Halicarnasse, de Myndos et la soumission de Cos. Cependant, peu de temps après (333 av .J.-C.), le satrape Pharnabaze, à la tête de la flotte perse soumet Ténédos et Sigeion et s'entend avec le roi de Sparte, Agis III, qui tente de soulever la Grèce en lui donnant de l'argent et quelques navires.
C'est alors que l'arrivée imminente de Darius III devient certaine. Le souverain achéménide s'est installé dans la plaine d'Issos, abandonnant curieusement la position plus favorable à sa cavalerie de Soches, peut-être dans la volonté de couper Alexandre de ses arrières et de le contraindre à la bataille. Alexandre est en Syrie mais il fait demi-tour, ayant besoin pour les raisons invoquées plus haut d'une victoire, et, reprenant le chemin des passes syriennes déjà emprunté, il s'aventure lentement dans la plaine d'Issos organisant sa ligne de bataille devant l'armée perse.
Voir aussi : Bataille d'Issos. (novembre 333 av J.-C.)
La déroute des Perses après la défaite d'Issos (1er novembre 333 av J.-C.) est totale. Darius avec quelques milliers d'hommes à peine s'enfuit vers Thapsaque (ville de Syrie sur l'Euphrate) tandis que d'autres fuyards sont dispersés par les divers officiers d'Alexandre. De nombreux fugitifs se refugient en Phénicie puis de là gagnent l'Égypte où Chypre. Le résultat le plus net de la victoire c'est, paradoxalement, la soumission totale du monde grec qui ne songe plus à se révolter. Démosthène, à Athènes, avait prédit (et espéré?) la défaite du roi de Macédoine. La victoire d'Issos fait cesser, provisoirement en tout cas, les velléités d'indépendance des cités grecques si l'on excepte le roi de Sparte qui tente (fin 333 av .J.-C.?) de soulever la Crète. La flotte perse représente donc le seul danger et la maîtrise de la côte phénicienne, pouvant lui servir de base arrière, est donc indispensable. C'est pourquoi, délaissant la poursuite de Darius III, Alexandre prend la route du sud vers Arados (au nord de la Phénicie) tandis que Parménion est envoyé sur Damas où il s'empare des bagages de Darius.
La période de l'empire achéménide pour les Phéniciens avait été une période prospère car, en leur laissant une véritable autonomie, les rois perses avaient permis aux cités phéniciennes de reprendre en partie la maîtrise de nombreuses routes commerciales face à leur adversaires traditionnels: les Grecs. Les Phéniciens constituaient une grande part des marins de la flotte perse à la bataille de Salamine par exemple. Mais divisées entre elles, ces cités n'adoptent pas une attitude commune face à l'arrivée des Macédoniens. Le roi d'Arastos, Gérostrate, estime qu'il n'a pas les moyens de résister et surtout que sa cité, plus riche de son commerce terrestre (avec la Perse et la Médie surtout) que de son commerce maritime, n'a aucun intérêt à un siège destructeur. La ville se rend ainsi que les citès de Marathos, Sigôn et Byblos. Quand à Sidon, elle se soumet d'autant plus facilement que ses habitants n'ont pas oublié les représailles d'Artaxerxès II lorsque la ville avait participé à la révolte des satrapes sous le règne de ce prince.
A la fin de l'année 333 av. J.-C., alors qu'Alexandre est à Sidon, des négociations s'engagent avec le roi de Tyr, Azemilcos, lequel souhaite rester neutre dans le conflit. Refus d'Alexandre qui par contre désire offrir un sacrifice dans le temple de Melqart à Tyr. Refus des Tyriens qui décèlent le piège. Faire entrer Alexandre en vainqueur dans le temple c'est lui donner pouvoir sur la cité. Quant à Alexandre, il ne lui sert à rien de tenir la côte phénicienne si la ville de Tyr, avec ses deux ports, reste en dehors de son contrôle. C'est pourquoi commence en janvier 332 av. J.-C. le long siège de Tyr (jusqu'en août 332 av. J.-C.). La ville neuve est sur une île qu'Alexandre compte atteindre en construisant une digue avec les débris de la vieille ville (la ville continentale) d'environ 60 m de long. Mais les difficultés s'accroissent quand la digue atteint des eaux plus profondes, d'autant que les Tyriens effectuent des raids meurtriers avec leurs navires.
Alexandre cependant a un atout. En tenant les autres cités phéniciennes, il disperse la flotte perse (début 332 av .J.-C.) dont les équipages phéniciens rentrent progressivement dans leurs ports d'attache. Les rois de Sidon, d'Aratos, de Chypre offrent ces navires à Alexandre qui ainsi peut constituer une flotte suffisante pour le siège de la ville (sans doute une centaine de navires). Après un raid d'une dizaine de jours pour soumettre les populations des montagnes du Liban actuel, il constate que sa nouvelle flotte est prête et apprend l'arrivée de Cléandre avec un corps de 4000 mercenaires, pour la plupart issus du Péloponnèse.
Attaquée par terre, isolée par mer, la vieille cité résiste jusqu'en août 332 av. J.-C. La prise de la ville donne lieu à des actes d'une grande violence tant les habitants se défendent avec acharnement. Les Tyriens utilisent des tridents, ressemblant à des sortes d'hameçons, pour arracher les boucliers des Macédoniens. Ces derniers n'ont pas oublié les scènes de prisonniers de l'armée d'Alexandre précipités du haut des murailles. Sans doute 7000 à 8000 habitants de la ville sont tués (selon Diodore de Sicile), et 20 000 au moins sont vendus comme esclaves (une partie de la population dont beaucoup de femmes et d'enfants s'est enfuie vers Carthage). Ce succès permet à Alexandre de terminer sa mainmise sur l'ensemble de la Phénicie.
Alexandre après la prise de Tyr prend le chemin de l'Égypte non sans avoir repoussé à deux reprises, malgré l'avis favorable de Parménion, des propositions de paix plus qu'avantageuses de Darius III. Ce que semble désirer Alexandre ce n'est pas un empire gréco-macédonien débordant largement sur l'Asie, idée déjà défendue par Isocrate<ref> Isocrate, IV, 50.</ref>, mais l'Asie toute entière, du moins la connaissance qu'en possèdent les Grecs. Sur la route de l'Égypte il rencontre une forte résistance à Gaza, sous la conduite de l'eunuque Batis, et prend la ville (fin 332 av .J.-C.) dont la garnison est massacrée et la population vendue en esclavage. Alexandre est blessé à deux reprises lors de ce siège. En 7 jours depuis Gaza il atteint alors Péluse en Égypte.
Quand Alexandre entre en Égypte en décembre 332 av. J.-C., il semble être accueilli en libérateur. Il est fort possible que ce soit les Égyptiens eux-mêmes qui aient demandé son aide, pour les affranchir de la domination perse qui s'exerce, difficilement car les Égyptiens se sont révoltés de nombreuses fois, sur le pays depuis deux siècles. Toujours est-il qu'il ne rencontre que peu de résistance, et qu'il étend rapidement son royaume jusqu'à la première cataracte du Nil.
Alexandre se fait proclamer pharaon à Memphis en 331 av. J.-C. Il sacrifie au taureau Apis — gage de respect des traditions égyptiennes — et honore les autres dieux. Il se dirige ensuite vers la côte méditerranéenne où il choisit l'emplacement de la future Alexandrie qui n'est achevée que sous Ptolémée Ier ou II. La légende veut qu'Alexandre ait choisi lui-même les plans de la nouvelle cité. Il se rend ensuite dans l'oasis de Siwa où il rencontre l'oracle d'Amon-Zeus qui le confirme comme descendant direct du dieu Amon. Cette salutation, conforme à l'étiquette égyptienne, est très largement exploitée par la propagande du Conquérant. Cette anecdote est rapportée ainsi par Plutarque :
« Quelques-uns affirment que le prophète, voulant le saluer en grec d'un terme d'affection, l'avait appelé « mon fils » (παιδίον / païdion), mais que, dans sa prononciation barbare, il achoppa sur la dernière lettre et dit, en substituant au nu (ν) un sigma (ς): «fils de Zeus» (παις Διός / païs dios) ; ils ajoutent qu'Alexandre goûta fort ce lapsus et que le bruit se répandit qu'il avait été appelé « fils de Zeus » par le dieu. »
Plutarque, Vies Parallèles (46-120)
De retour à Memphis, il se fait officiellement couronner dans le temple de Ptah et réorganise le pays avant de repartir à la conquête du Moyen-Orient. C'est durant son séjour égyptien qu'il apprend la déroute définitive de ce qui reste de la flotte perse et la capture de ses derniers adversaires en mer Égée dont le satrape Pharnabaze. Fait prisonnier, celui-ci parvient à s'échapper mais l'un des amiraux d'Alexandre, Hégélochos, apporte à son maître de nombreux prisonniers qui sont exilés dans la ville égyptienne d'Éléphantine. Cela laisse toute latitude à Antipater, le régent de Macédoine pour s'occuper du toujours remuant roi de Sparte, Agis III qui est tué plus tard en 331 av. J.-C. à la bataille de Mégalopolis. Il quitte ensuite l'Égypte au printemps 331 av. J.-C. pour n'y jamais revenir.
Lors d'un nouveau passage à Tyr, il reçoit une délégation d'Athènes qui obtient du roi la libération des mercenaires athéniens qui avaient combattus à la bataille du Granique dans les rangs de l'armée perse. Puis à la fin du printemps/début de l'été 331 av. J.-C. l'armée macédonienne se met en marche vers l'Euphrate qui est traversé fin juillet à Thapsaque sur un pont de bateaux. Le satrape Mazès (où Mazæos) s'est replié à l'arrivée de son adversaire. Les podromoi d'Alexandre repèrent l'armée de Darius plus au nord, aussi le roi de Macédoine au lieu de marcher sur Babylone selon son plan initial remonte vers le nord, vers Nisibe, et franchit le Tigre vers le 20 septembre 331 av. J.-C. (aux environs de Djésireh, dans l'Irak actuel) contournant son adversaire par le nord. Alexandre reprend alors la direction du sud avec le Tigre sur sa droite. Au bout de quatre jours de marche il apprend que l'armée perse, innombrable, l'attend à Gaugamèles non loin d'Arbèles (actuelle ville d'Erbil dans le Kurdistan irakien).
Le succès du combat lui ouvre la route de Babylone, qui se rend suite à des négociations. Nous connaissons mieux de nos jours les trois semaines entre la bataille et son entrée dans la ville (fin octobre 331 av. J.-C.) grâce à une tablette babylonienne qui, bien que détériorée, fait une nette allusion à la bataille de Gaugamèles et à sa chronologie précise. L'auteur anonyme y parle de la fuite de Darius « vers le pays de Guti » ce qui désigne la Médie. La suite de ce texte indique que les autorités de Babylone négocient avec le vainqueur et que celui-ci habilement garantit le maintien des traditions religieuses et la préservation des sanctuaires. Il donne l'ordre de rebâtir le sanctuaire de Bel Mardouk qui tombait en ruine. Le vainqueur de Darius maintient d'ailleurs la plupart des dignitaires à leur poste (souvent sous le contrôle d'un officier macédonien). C'est le cas de Mazée (Mazæos), un noble perse, qui sur ordre de Darius s'est replié sur Babylone dont il devient alors le satrape, poste auquel il est confirmé par Alexandre. Celui-ci s'évite ainsi un siège long qui pouvait permettre à son ennemi de se ressaisir et inaugure sa politique de ralliement à sa personne de l'aristocratie achéménide.
Il entre en vainqueur dans la capitale de l'Empire perse et y demeure près d'un mois. Tandis que Darius, en fuite, tente de réunir une nouvelle armée royale dans les hautes satrapies, Alexandre prend la direction de Suse, laquelle se rend à son tour. Il avait cependant dépêché Polyxénos à Suse afin de s'assurer du trésor important (sans doute près de 50 000 talents d'argent) qui s'y trouvait. Une partie importante de cet argent (sans doute 30 000 talents) est envoyé à Antipater afin qu'il l'utilise dans sa lutte contre Sparte.
L'année 331 av. J.-C. est une année difficile, outre ses relations exécrables avec Olympias, pour celui à qui Alexandre a confié le gouvernement de la Macédoine et de la Grèce en son absence. Apparement la dispersion de la flotte perse, suite à la prise de Tyr, n'attise plus les velléités de révolte des Grecs sauf à Sparte où le roi Agis III s'assure le concours des pirates crétois puis de l'ensemble des peuples du Péloponnèse (Éléens, Arcadiens et la quasi totalité de l'Achaïe à l'exception de Pellènè). Mégalopolis et Messène sont les seules cités importantes à refuser d'entrer dans la coalition anti-macédonienne. Dans un premier temps Agis est vainqueur d'un corps expéditionnaire macédonien dirigé par Corrhagos et assiège Mégalopolis. Le reste de la Grèce cependant ne bouge pas et même Démosthène à Athènes conseille de n'en rien faire. Il est vrai que le geste habile d'Alexandre, de renvoyer de Suse vers Athènes la statue d'Aristogiton et d'Harmodios, lui concilie provisoirement une partie des habitants de la cité attique.
En Thrace Memnon, un stratège macédonien envoyé pour contenir une révolte, prend le parti des populations insurgées. Enfin la reine Olympias provoque des difficultés quand à la mort de son frère Alexandre, le roi d'Épire, tué dans une expédition en Italie elle avance des prétentions au trône de ce pays. Elle en assure finalement la régence pour l'un de ses petits-enfants, fils du roi précédent et de sa fille Cléopâtre. Antipater réagit en traitant avec Memnon pour le neutraliser en en dirigeant la quasi-totalité de ses forces, sans doute 35 000 à 40 000 hommes vers le Péloponèse. Agis ne dispose quand à lui que de 20 000 hommes environ et 2000 cavaliers. Il est battu et tué sous les murs de Mégalopolis à l'automne 331 av. J.-C. Sparte est contrainte à dissoudre la ligue péloponésienne et à entrer dans la ligue de Corinthe. Bientôt, la nouvelle de la victoire de Gaugamèles assure un peu plus la souveraineté macédonienne.
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La campagne se poursuit en direction de la Perse proprement dite. Alexandre emprunte la route, que suivait la cour du Grand Roi lors de ses périgrinations entre les diverses capitales de l'empire, qui passe à travers le pays des Ouxiens (sud-ouest de l'Iran actuel). Il soumet, par une campagne foudroyante dont il a l'habitude, les montagnards de ces régions qui s'engagent à payer un tribut en chevaux et bêtes de somme dont a besoin l'armée. Après avoir été un temps arrêté par la résistance du satrape Ariobarzane aux Portes persiques, il franchit l'Araxe sur un pont qu'il fait construire et parvient dans la ville la plus symbolique du pouvoir perse, Persépolis.
La ville est livrée au pillage, puis quelque temps après, les palais de la terrasse sont livrés aux flammes. Cet incendie est parfois interprété comme volontaire, bien qu'il aille à l'encontre de la politique d'intégration aux coutumes locales du conquérant. Alexandre aurait ainsi effectué un geste symbolique mûrement réfléchi, à la fois en direction des Perses et des Grecs de la Ligue. Une autre interprétation affirme qu'Alexandre aurait provoqué l'incendie dans un état d'ivresse, poussé en cela par une jeune courtisane athénienne, Thaïs. Il est possible qu'Alexandre ait voulu par là venger les destructions perses à Athènes, en 480, ou plus simplement qu'il ait souhaité affirmer son pouvoir face à une population peu encline à se rallier à lui. Quoiqu'il en soit, Alexandre regrettera par la suite cet incident, qui fut très mal perçu par les Perses.
Darius III pendant ce temps s'est réfugié en Médie puis, devant l'avance d'Alexandre, décide de prendre le chemin de l'Hyrcanie (sud-est de la mer Caspienne). Il est rejoint à Ecbatane par Ariobarzane, Bessos avec des cavaliers originaires de Bactriane et un corps d'environ 2 000 mercenaires Grecs. Darius envoie son harem, ce qui reste de son trésor aux portes caspiennes (à l'est de Téhéran) qui permettent l'entrée en Hyrcanie et qui se révèlent faciles à défendre. Alexandre pénètre en Paratécène (l'actuelle région d'Ispahan), soumet la population et fonce sur Ecbatane pour y apprendre que Darius vient de s'enfuir trois jours plus tôt avec environ 9 000 hommes dont 3 000 cavaliers. À Ecbatane le roi de Macédoine licencie ses cavaliers thessaliens, lance Parménion vers l'Hyrcanie et Cleitos vers la Parthie (a l'est de l'Hyrcanie). Lui-même se lance avec des troupes rapides à la poursuite du monarque en fuite. En onze jours il parcourt la route qui va d'Ecbatane à Rhagæ (légèrement au sud de Téhéran) où il est obligé de laisser souffler ses hommes et chevaux cinq jours. Il apprend par des transfuges que Darius est prisonnier des satrapes Bessos et Barsaentès et qu'il se dirige vers Hécatompyle (actuelle ville de Chahroud). En apprenant cette nouvelle, Alexandre confie ses troupes à Cratère et avec ses éléments les plus rapides marche pendant une journée et demi sans pratiquer de véritable pause. Un jour plus tard, après une marche nocturne, il atteint le camp de Darius que celui-ci vient d'abandonner. Le soir même Alexandre impose à ses hommes une nouvelle marche de nuit pour aboutir à un campement de nouveau abandonné. Finalement Alexandre avec quelques cavaliers et fantassins montés rejoint le convoi de Darius. Celui-ci est mort assassiné par Bessos, Barsaentès et Satibarzane qui viennent de s'enfuir avec quelques centaines de cavaliers. (été 330 av .J.-C.). L'un des satrapes comploteurs, Bessos, tente de prendre les rênes du pouvoir perse, sous le nom d'Artaxerxès IV, mais il est trop tard, Alexandre tient fermement l'empire perse.
Darius III mort, Alexandre lui rend les honneurs royaux et se présente en justicier contre ses assassins. Il est probable que la mort de Darius, à laquelle il est étranger, est pour Alexandre une bonne nouvelle car quel sort eût-il pu réserver au Grand Roi s'il avait été pris vivant? Au contraire il lui est possible maintenant de se montrer généreux avec sa famille et de faire ensevelir Darius dans les tombes royales de Persépolis. Les satrapes restés fidèles à Darius sont récompensés tel Artabaze qui reçoit la satrapie de Bactriane.
Avant de poursuivre Bessos et ses complices Alexandre soumet l'Hyrcanie et les populations montagnardes de la région (actuels montagnes du Khurāsān à la frontière entre l'Iran et le Turkménistan), les Tapouriens et les Mardes. Il incorpore à son armée la majorité des mercenaires Grecs qui étaient au service de la Perse (ceux recrutés avant 334 av. J.-C.) et rassemble ses troupes à Zadracarta (Astérabad actuelle). Une partie des soldats est renvoyée, sous le commandement de Parménion en qui il est plausible qu'Alexandre n'ait plus qu'une confiance limité, à Ecbatane tandis qu'il se prépare à poursuivre les satrapes en fuite. Il apprend à Zadracarta que ceux-ci se sont séparés et que Bessos, qui se proclame roi sous le nom d'Artaxerxès IV, s'est réfugié en Bactriane tandis que Satibarzane est retourné en Arie (actuelle région d'Hérat à l'ouest de de l'Afghanistan) et Barsaentès en Drangiane (sud de l'Afghanistan).
Alexandre s'empare assez rapidement de l'Arie, en remontant la vallée de l'Atrek, et maintient Satibarzane à son poste en lui adjoignant un stratège macédonien Anaxippos. Mais, alors qu'il se prépare à remonter vers la Bactriane, Satibarzane se révolte (automne 330 av .J.-C.), assassine Anaxippos et massacre les troupes macédoniennes laissées en Arie avant de s'enfuir. Alexandre afin de maintenir l'ordre dans cette province y fonde une ville Alexandrie d'Arie puis se dirige vers la Drangiane où le rebelle Barsaentès lui est livré et mis à mort. En octobre ou novembre 330 av .J.-C. Satibarzane se révolte de nouveau en Arie. Il est tué dans un affrontement avec le corps expéditionnaire lancé contre lui par Alexandre et dirigé par Artabaze, Érygyos et Caranos.
C'est à l'automne de l'année 330 av. J.-C. que se déroule un épisode dramatique entrainant la mort de proches d'Alexandre sur ordre du roi. Alors que l'armée séjourne dans la capitale de la Drangiane, Phrada-Prophtasia (au sud de Hérat), Philotas le fils de Parménion et commandant de la cavalerie est emprisonné et jugé pour complot, ou plus exactement pour avoir eu vent d'un complot contre le roi et de n'avoir rien fait pour le dénoncer. Il est jugé par l'assemblée des Macédoniens, fortement accusé par Cratère (qui y voit sans doute un moyen d'éliminer un rival qui pourrait lui faire de l'ombre à lui l'étoile montante des officiers d'Alexandre) et lapidé selon la coutume. Quant à Parménion, qui se trouve à la tête de nombreuses troupes en Médie, Alexandre ignore s'il se trouve impliqué dans la conjuration. Dans le doute il envoie des officiers le mettre à mort, ce qui est fait. Il s'en faut de peu que les troupes de Médie se soulèvent devant ce meurtre odieux. Cet épisode est révélateur des réticences de plus en plus fortes d'une partie des Macédoniens et de l'entourage du roi sur cette épopée qui les voit s'enfoncer de plus en plus en Asie, loin de leurs bases, de leur pays à la poursuite d'un but et d'un rêve qui leur échappe. Les maladresses de Philotas, expliquant volontiers qu'Alexandre n'aurait pas remporté ses victoires sans l'aide de son père et la sienne, et qui se moquait des prétentions du roi à être considéré comme le fils de Zeus-Amon, expliquent aussi sans doute qu'Alexandre ne tente rien pour sauver sa vie. Cet épisode démontre aussi qu'Alexandre est prêt à tout pour l'accomplissement de ses desseins, même le meurtre de ses plus proches conseillers ou amis. La mort de Cleithos au printemps 328 av .J.-C. le prouve tragiquement.
De Drangiane l'armée passe vers la fin de 330 av. J.-C. en Arachosie (sud-ouest de l'Afghanistan) mais est retardé dans sa poursuite de Bessos par la révolte de Satibarzane en Arie. Le roi fonde une nouvelle ville, Alexandrie qui correspond à l'actuelle Kandahar, laisse un stratège nommé Memnon comme satrape en Arachosie et remonte vers la Bactriane à la poursuite de Bessos. La traversée des monts Paraponisades (Hindū-Kūsh), que les Macédoniens et les Grecs confondent apparement avec le Caucase, s'effectue au printemps 329 av .J.-C.. En Bactriane Bessos est en fuite, ravageant les vallées entre les Paraponisades et l'Oxus (actuel Amou-Daria) afin de limiter les possibilités de ravitaillement de ses poursuivants. Il s'empare d'Aornos qui devient à son tour une Alexandrie puis de la cité de Zariapsa ou Bactres (act Balkh). L'armée passe ensuite l'Oxus sur un pont flottant fait de tentes de peaux remplies de diverses matières séchées et passe en Sogdiane. Les nobles Spitaménès et Oxyartès décident alors de livrer Bessos et le font savoir à Alexandre. Ptolémée est chargé de cette capture délicate qui intervient au début de 329 av. J.-C.. Bessos est emmené à Bactres où on lui coupe, à la façon des Perses, le nez et les oreilles puis il est envoyé à Ecbatane et exécuté (329 av. J.-C..
Pendant près de deux ans Alexandre lutte en Sogdiane et en Bactriane contre des satrapes révoltés, contre les peuples des Saces et des Massagètes contre lequels Cratère va s'illustrer. Spitaménès, le satrape ayant livré Bessos, se révolte et massacre plusieurs garnisons macédoniennes. Il inflige même un cuisant échec militaire à des officiers d'Alexandre sur le fleuve Polytimetos (Seravchan dans l'actuel Ouzbékistan). Après avoir hiverné (329 av. J.-C./328 av. J.-C.) à Bactres, Alexandre repart pour la Sogdiane qui s'agite quand Spitaménès reparait en Bactriane et surprend dans une embuscade la garnison de Zariapsa.
C'est en ce début d'année 328 av. J.-C. que se déroule un épisode qu'Alexandre va profondément regretter, le meurtre de Cleithos (ou Clitos). Ce dernier, parfois présenté comme le frère de lait du roi, est un de ses plus fidèles compagnons et lui sauve même la vie lors de la bataille du Granique. Lors d'un banquet se terminant souvent en ivrognerie généralisée, scène dont Alexandre semble familier, les auteurs antiques sont unanimes sur ce point, Cleithos porte les exploits de Philippe II au dessus de ceux de son fils. Celui-ci ne le supporte pas et dans un accès de rage tue son ami de sa main. Dégrisé Alexandre pleure longuement Cleithos et lui fait faire de grandioses funérailles. Cependant ce séjour dans les provinces orientales de l'ancien Empire achéménide pèse fortement sur l'entourage du roi. Quand Alexandre tente d'imposer l'étiquette perse aux Macédoniens, en particulier le fait de se prosterner devant lui (proskynèse), une protestation portée par Callisthène, le neveu d'Aristote et historiographe du roi, semble approuvée par de nombreux compagnons du roi. Alexandre d'ailleurs cède et ne maintient cette étiquette que pour ses sujets asiatiques mais la part qu'il donne à ces derniers dans l'armée et l'administration suscite des mécontentements dans son entourage proche. Le complot des pages, né du désir de vengeance personnelle d'un de ces jeunes gens entourant et servant le roi qui s'estimait injustement puni, révèle cependant que parmi ses compagnons de jeunesse, nourris comme lui aux sources de la philosophie grecque, certains jugent insupportable ses nouvelles exigences et commencent à le considérer comme un tyran. Callisthène qui avait raillé les prétentions d'Alexandre à la divinité est exécuté lors de la répression qui fait suite à ce complot.
L'insaisissable Spitaménès succombe finalement à la trahion des Massagètes qui au cours de l'hiver 328 av. J.-C./327 av. J.-C., alors qu'Alexandre est à Nautaca (sud-est de l'actuelle Boukhara), envoient sa tête au roi de Macédoine. Le printemps 327 av. J.-C. est occupé à détruire les derniers îlots de résistance, rôle dont s'acquitte Cratère, et à réorganiser l'empire dans cette région. À la place d'Artabaze, satrape de Bactriane rallié depuis longtemps à Alexandre mais qui est très agé demande à être relevé de son commandement, Alexandre nomme un macédonien Amyntas. Enfin, il épouse en 327 av. J.-C. la fille d'Oxyartès, Roxane. Le roi fonde aussi Alexandria Eskhate (actuelle Khodjend), sur le fleuve Iaxartès (Syr-Daria), qui marque le point le plus au nord de son périple.
L'Inde pour les Macédoniens et les Grecs est une contrée mystérieuse connue par les textes d'Hécatée et d'Hérodote ainsi que ceux de Ctésias, médecin à la cour d'Artaxerxès II. Ces auteurs ont sans doute utilisé la relation du voyage qu'y fit Scylax de Caryanda sur ordre de Darius Ier. La vallée de l'Indus est théoriquement sous le contrôle de l'empire achéménide depuis cette époque mais en réalité la frontière du pouvoir perse se limite aux Paraponisades. Quand à la vallée du Gange elle est inconnue. Cependant des relations existent puisque l'on trouve dans les armées perses quelques éléphants et des contingents indiens.
Alexandre avait-il l'intention d'intervenir en Inde. Il est difficile de l'affirmer aujourd'hui. Ce qui est sur c'est qu'il est aisement convaincu, alors qu'il guerroie encore en Sogdiane, par Taxile, l'un des roitelets de la vallée septentrionale de l'Indus, d'intervenir contre son ennemi Pôrôs qui gouverne un royaume à l'est de l'Hydaspe (aujourd'hui le Jhelum). Alexandre est conseillé aussi par un prince indien, Sisicottos, qui après avoir suivi la fortune de Bessos s'est rallié au conquèrant.
Au printemps 327 av. J.-C. Alexandre part de Bactres à la tête d'une armée considérable, sans doute 120 000 personnes dont au moins 60 000 soldats, le reste étant constitué d'esclaves, de serviteurs mais aussi de femmes et d'enfants. Les Grecs et Macédoniens ne représentent guère que la moitié des effectifs combattants. Le roi de Macédoine en effet a recruté des Asiatiques qui sont organisés dans des unités sur le modèle macédonien.
Alexandre repasse donc les monts Paraponisades et se rend à Nicæ (soit Begrām, soit Kaboul) où il reçoit le renfort de Taxile et en particulier des éléphants de guerre. Puis il charge Héphaestion et Perdiccas de soumettre les peuples vivant sur la rive sud du Cophen (la rivière qui descend de la vallée de l'actuelle Kaboul vers l'Indus) tandis que lui s'occupe de la rive septentrionale (été 327 av. J.-C.). Si la conquête de la rive sud se déroule sans trop d'encombre, ses deux généraux atteignant l'Indus avant lui, Alexandre est confronté aux Assacènes (Açvakas) qui offrent une forte résistance. La prise de leur ville forte Aornos lui donne du fil à retordre. Finalement il atteint l'Indus où Héphaestion et Perdiccas ont construit un pont et celui-ci est franchi au printemps 326 av. J.-C.. L'armée se repose alors à Taxila la capitale de Taxile. Peu après, l'armée s'ébranle pour combattre Pôrôs qui surveille l'Hydaspe (actuel Jhelum l'un des affluent de l'Indus) avec une armée nombreuse. Alexandre manœuvre une fois de plus avec habileté car laissant Cratère avec le gros des troupes, il traverse avec sa cavalerie et ses hypaspistes le fleuve dans une région boisée environ 150 stades en amont (environ 30 km) afin de prendre Pôros à revers. La victoire est totale, mais après une bataille d'une grande violence. Image:Le Brun, Alexander and Porus.jpg
Poursuivant sa politique d'intégration des chefs locaux Alexandre laisse Pôrôs en place, conquis par la noblesse de celui-ci, avec un territoire plus vaste que celui qu'il avait à l'origine. Une révolte sur ses arrières de la part des Assacènes l'oblige à envoyer des troupes dirigées par Philippe et Tyriaspès tandis que lui-même parcours le Panjâb actuel y soumettant les divers peuples qui y vivent. Alexandre pense alors franchir l'Hyphase (actuel Sutlej, fleuve le plus oriental de la vallée de l'Indus) pour atteindre la vallée du Gange et l'Océan extérieur.
Mais à l'automne 326, sur les rives de ce fleuve, Alexandre doit affronter une levée de boucliers des Grecs et des Macédoniens et le roi ne parvient pas à les convaincre d'aller plus loin. Le Conquérant est obligé de se plier aux volontés de ses soldats et donne l'ordre du retour. Il fait ériger douze autels monumentaux, ainsi qu'un camp artificiellement agrandi jusqu'au triple de ses dimensions normales, marquant le point extrême de sa progression à l'Est.
Alexandre décide ensuite de soumettre toute la vallée de l'Indus. Il fait construire une flotte, prête à l'automne 326 av. J.-C. où il embarque avec une partie de son armée, pour descendre l'Hydaspe puis l'Acésine afin de rejoindre l'Indus. Cette flotte est construite avec la contribution financière de nobles de la cour et de l'état-major du roi. Elle est dirigée par Néarque avec des équipages essentiellement phéniciens et grecs suite aux renforts qu'Alexandre vient de recevoir. Avant le départ, et malgré la mort de Cœnos un des chefs militaires les plus populaires et un des plus fidèles compagnons d'Alexandre, une assemblée des princes locaux reconnait Pôrôs comme souverain, sous la suzeraineté du roi de Macédoine et de l'empire perse. Alexandre embarque avec lui les archers, les hypaspistes et les cavaliers de sa garde cependant que Cratère longe la rive droite et Héphaestion, avec l'essentiel de l'armée, descend le long de la rive gauche.
A l'embouchure de l'Hydaspe et de l'Acesine des rapides endommagent la flotte qui doit réparer. Certains peuples se soumettent rapidement mais d'autres comme les Malliens et les Oxydraques refusent. Vers la mi-novembre 326 av. J.-C., le Conquérant soumet les Malliens, mais commet la faute d'attaquer une ville de brâhmanes, ce qui provoque une rébellion qui se propage rapidement avant d'être réduite par Peithon. Au cours de cet engagement, il est assez sérieusement blessé, au point que l'armée croit en sa mort. Il doit faire ouvrir les rideaux de la cabine de son navire pour rassurer ses troupes.
Alexandre, trop empreint de culture grecque, ne comprendra jamais le système de castes indien, et finit par rejoindre l'embouchure de l'Indus après une violente campagne de répression. Les Macédoniens sont effrayés par le phénomène des marées, quasi inconnu en Méditerranée, ce qui n'empèche pas Alexandre d'établir un port, des arsenaux, des citernes dans un port construit au sud de la ville de Pattala, preuve qu'il s'agit pour lui d'un territoire destiné à être incorporé à son empire.
Alexandre pour son retour vers Babylone divise son armée en trois corps (juillet 325 av. J.-C.). Néarque, avec une flotte d'une centaine de navires, 2000 marins et 12 000 soldats, est chargé de remonter la côte de l'Indus jusqu'à l'embouchure du Tigre et de l'Euphrate. Cratère quand à lui a déjà quitté (en juillet)l'armée avec 4 taxes et les vétérans qui veulent retourner en Macédoine. Il remonte par l'Arachosie et la Drangiane (sud de l'Afghanistan actuel) et doit retrouver Alexandre en Carmanie (région qui correspond au sud de l'Iran vers le détroit d'Ormuz). Sans doute s'agit-il pour Alexandre de montrer ses troupes dans des régions soumises depuis peu et à proximité de la Bactriane où les colons militaires venaient de se révolter.
Alexandre choisit pour le retour la route la plus difficile, par le désert de Gédrosie (actuel Mâkran, ce qui correspond à la frontière du Pakistan et au sud-est de l'Iran). Il s'agit d'un espace isolé, couvert de marécages salés, avec peu d'oasis et sans doute insuffisantes pour d'aussi nombreux effectifs. L'armée fait donc face à un périple beaucoup plus difficile : 3 mois et 750 km de marche dans le désert pour rallier la ville de Pura. Malgré la saison des pluies, plus de 50 000 personnes meurent pendant le trajet. Les raisons de ce choix restent énigmatiques: volonté de connaître toutes les frontières de son royaume, meilleure connaissance de l'espace marin et des littoraux de l'océan indien (l'armée longe la côte sur la majeure partie du trajet)… Toujours est-il que ce voyage est le plus éprouvant de toute l'expédition d'Alexandre et entraîne un nombre considérable de décès par épuisement, soif et faim. D'autant qu'une partie des réserves de grain est déposé dans des fortins au bord de la mer pour nourrir la flotte, dont on n'a plus de nouvelle, sur ordre du roi.
En Carmanie, se fait la jonction avec Cratère. Immédiatement Alexandre est confronté à des récriminations de toutes sortes sur les officiers qui ont gouverné l'empire en son absence. Les abus de ses satrapes sont les signes d'un malaise assez compréhensible en cette période troublée et que l'éloignement du roi ont favorisé. Deux stratèges de Médie, Cléandre et Sitalcès, sont exécutés ainsi plus tard qu'Héracon. Il s'agit des officiers qui avaient été chargés de tuer Parménion.
Quant à la flotte, elle part plus tard, le 23 octobre 325 av. J.-C., longe la côte de la mer d'Érythrée (actuelle mer d'Oman), pour rallier l'Euphrate et Babylone. Commandée par Néarque, elle explore la côte avec minutie, et rencontre notamment des baleines pour la première fois. Confrontée à plusieurs tempêtes, qui lui coulent trois navires au moins, Néarque est aussi obligé de maintenir la flotte à la mer jour et nuit car il craint les désertions. Sur la côte sud de l'actuel Iran, la cote des Ichtyophages, il est impossible de se ravitailler à terre et les seuls aliments proviennent de la mer ce qui prend au dépourvu la flotte, laquelle souffre de la faim. Finalement Néarque parvient à Harmozia (Ormuz) en face du promontoire de Macéta (Émirats arabes unis). Néarque quitte alors la flotte et se rend au devant d'Alexandre qui le reçoit avec des transports d'allégresse persuadé qu'il était de la disparition de sa flotte. Néarque repart ensuite jusqu'aux bouches de l'Euphrate (décembre 325 av. J.-C.).
Après avoir rallié Persépolis, il y marque ses regrets de l'incendie de 330 en restaurant le tombeau de Cyrus.
De Carmanie, Alexandre se rend au début de l'année 324 av. J-C. à Pasargadae avec des troupes légères tandis qu'Héphaestion poursuit le voyage avec le gros de l'armée le long des côtes de la Perse. C'est à ce moment qu'il entreprend de restaurer le tombeau de Cyrus le Grand, lequel avait été pillé en son absence, et de punir les coupables. Il se débarasse aussi de plusieurs satrapes tel Baryaxès qui s'était proclamé Grand Roi où Orxinès en Perse dont la fidélité etait sujette à caution. Puis il arrive à Suse.
C'est à ce moment qu'interviennent les fameuses noces de Suse. Cet épisode est un acte symbolique très solennel révélateur de la volonté du roi de fondre en un seul peuple les Macédoniens et Grecs ainsi que les Asiatiques. C'est ainsi que 10 000 de ses compagnons épousent le même jours des femmes asiatiques. Alexandre y épouse Stateira, fille aînée de Darius III, tandis qu'Héphaestion épouse une de ses sœurs cadettes. Les mariages se font à la mode perse, ce qui ne manque pas de provoquer la désapprobation des Macédoniens (qui ont déjà vu leur roi s'unir à Roxane) qui en concluent qu'Alexandre s'éloigne des coutumes grecques pour adopter une mentalité « barbare ». Le conquérant marque également la volonté d'intégrer de jeunes Perses à son armée. Pour calmer la grogne Alexandre paye les dettes de ses soldats et offre en un geste symbolique des couronnes d'or à ses généraux.
Ces gestes sont insuffisants pour éviter qu'une révolte des vétérans n'éclate à Opis (au nord de Babylone). L'élément déclencheur est bien cette place nouvelle qui est accordée par Alexandre à ses troupes asiatiques. Ainsi la création d'une cinquième hipparchie composée d'Asiatiques dans le corps des hétères est-elle mal ressentie. Aussi le jour même où Alexandre libère 10.000 vétérans éclate la mutinerie. Il lui est demandé de donner congé à tous, d'entreprendre de nouvelles conquêtes tout seul, où avec son père Amon. Cette remise en cause de son origine divine le rend fou de rage et Alexandre se précipite sur les mutins avec ses hypaspistes. Il fait exécuter 13 des meneurs et reprend, par un discours habile où il flatte l'orgueil de ses hommes, le contrôle de la situation. Il se retire ensuite sous sa tente et ne s'adresse plus qu'aux Perses refusant de parler aux Macédoniens. Ceux-ci supplient alors le roi de leur rendre leur place auprès de lui et promettent de le suivre où il voudra les conduire.
Cette réconciliation théâtrale prouve l'habileté du roi qui conserve son ascendant sur ses troupes tout en atteignant ses objectifs puisque les Asiatiques restent dans l'armée. Plusieurs milliers de vétérans sont libérés et rentrent en Macédoine, commandés par Cratère et Polyperchon. Cratère est chargé de remplacer Antipater en Macédoine, en conflit permanent avec Olympias, et dont Alexandre semble à ce moment se méfier, tandis qu'Antipater doit emmener en Asie de nouvelles recrues pour les projets futurs du roi (été 324 av. J.-C.).
D'Opis par la vallée du Zagros Alexandre se rend à Ecbatane. C'est là, au cours de l'hiver 324 av. J.-C., que meurt le compagnon le plus proche d'Alexandre, Héphaïstion, probablement de maladie. La douleur du roi est assimilé par les historiens antiques à celle d'Achille sur le corp de Patrocle. Alexandre rend à son compagnon des honneurs quasi-royaux. Mais les tâches royales reprennent vite le dessus et une dernière campagne est organisée contre les habitants du Louristan actuel (sud-ouest de l'Iran) et contre les Ouxiens montagnards que les Perses n'avaient jamais totalement soumis.
Alexandre se rend ensuite à Babylone au printemps 323. En chemin il reçoit des ambassades venues de Grèce. Les athéniens en particulier protestent contre un décret d'Alexandre ordonnant le rappel des bannis et contre celui réclamant pour le roi les honneurs divins. Le décret sur les bannis sera l'un des prétextes au déclenchement de la guerre lamiaque à la mort du roi.
Alexandre multiplie les rencontres avec des ambassades venues des pays limitrophes de son empire (Libye, Cyrénaïque, Celtes des Balkans, sans doute Carthaginois) sans qu'il soit possible de déterminer avec précision quels sont ses objectifs. Le voyage de Néarque ayant montré combien les communications maritimes avec la partie orientale de l'empire étaient plus aisées que les communications terrestres, Alexandre ordonne l'exploration des mers limitrophes. Ainsi Héraclide est-il envoyé explorer la mer Caspienne et trois expéditions successives sont envoyées reconnaître les côtes de l'Arabie. Les deux premières, celle d'