Argument ontologique visant à prouver l'existence de Dieu.
Cet argument cherche à montrer que Dieu existe nécessairement en vertu de la définition de ce qu'est Dieu. Formulé de nombreuses fois au cours de l'histoire, c'est cependant à Descartes qu'on le rapporte le plus souvent, dans les Méditations Métaphysiques. Il avait auparavant été avancé au VIe siècle par Boèce, et au XIe siècle par Anselme. Après Descartes des variantes de cette preuve seront notamment proposées par Spinoza (Éthique) et Leibniz.
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Bien qu'il existe des différences selon les auteurs, la structure de l'argument ontologique reste globalement invariante.
Quelque soit la caractérisation de Dieu (être parfait, être infini), il s'agit de parvenir à un syllogisme qui ait pour conclusion que Dieu existe. On remarque que cette preuve est entièrement a priori : l'existence de Dieu est censée être prouvée par la simple analyse du concept de Dieu.
« […] je ne puis concevoir Dieu sans existence, il s'ensuit que l'existence est inséparable de lui, et partant qu'il existe véritablement: non pas que ma pensée puisse faire que cela soit de la sorte, et qu'elle impose aux choses aucune nécessité ; mais, au contraire, parce que la nécessité de la chose même, à savoir de l'existence de Dieu, détermine ma pensée à le concevoir de cette façon. »
On voit qu’il est impossible à Descartes de penser Dieu autrement que comme existant; s’il le pensait autrement, il ne s’agirait plus de Dieu, car celui-ci à la propriété d’exister de toute éternité. En découle que Dieu existe nécessairement. Ainsi, ceux qui affirment que Dieu n’existe pas ne parlent pas du même Dieu, mais seulement d’une parodie d’être suprême dont il est ensuite possible de nier l’existence. S’ils connaissaient le véritable Dieu, qui est parfait par nature, ils ne pourraient lui enlever l’existence. Descartes affirme aussi qu’il y a dans son esprit cette idée d’un Dieu infini. Or, puisque son entendement est fini, il ne peut être l’auteur de cette idée. C’est là aussi une preuve ontologique, car elle revient à dire que si Dieu existe comme concept, il doit exister en réalité, car un tel concept ne pourrait autrement être pensé puisqu’il dépasse notre entendement.
L'argument ontologique confond deux ordres : celui de la pensée et celui de l'être. Il y a une différence entre l'ordre de la connaissance des choses et celui de leur existence. Connaître Dieu comme parfait ne permet pas de conclure à son existence réelle. Toutefois, si l'on admet que l'ordre de l'être et de la pensée sont le même, l'argument redevient valide.
Comme nous l’avons vu, cette preuve ne date pas d’hier et ne peut être balayée du revers de la main. Kant lui opposera non pas une seule, mais tout une série de réfutations. Il débute en retraçant jusqu’à la genèse cette preuve ontologique, s’interrogeant sur la manière dont notre esprit en est venu à l’idée d’un être absolument nécessaire. Kant remarque en effet que jamais personne ne s’est posé cette question, prenant cela pour acquis :
« […] ce concept qui avait été risqué à tout hasard et qui est finalement devenu tout à fait courant, on a cru l’expliquer, de surcroît, en recourant à une foule d’exemples, en sorte que toute interrogations ultérieure sur sa compréhensibilité parut totalement inutile. » (p.530)
Kant enchaîne avec un exemple tiré de la géométrie. Lorsque l’on travaille sur un triangle, on débute toujours par se donner un triangle, et on peut ensuite calculer ses angles, ses côtés, etc. Si je prends un triangle donné, je ne peux pas affirmer qu’il n’a pas d’angles, puisque par le fait même de me donner un triangle, j’ai établi qu’il avait trois angles. Bref, si je prends comme postulat que ce triangle existe, je ne peux pas ensuite le détruire ou lui retirer une de ses propriétés constituantes. Si, toutefois, je veux « supprimer le triangle en même temps que ses trois angles, ce n’est pas une contradiction.» (p. 531) Hélas, les humains étant paresseux, on devient las de dire « Pour un triangle donné, la somme des angles… » ou bien « Pour un triangle donné, la somme des deux côtés les plus courts… » et on en vient à s’imaginer que ce triangle existe comme idée en soi. On s’imagine alors que le fait de donner des propriétés à un triangle est une synthèse, que cela engendre des nouveaux concepts, alors qu’en réalité nous ne faisons que constater, de manière analytique, des réalités que nous avons posées par le simple fait d’évoquer ce triangle.
Il en va de même pour l’argument ontologique. Si j’affirme que « Dieu est omnipotent », c’est là un jugement synthétique. J’ai en effet pris le concept Dieu et l’ai combiné avec le concept de toute-puissance. Mais dire que « Dieu existe » est une proposition analytique puisque je peux tirer le concept d’existence par la simple analyse du terme Dieu. En d’autres termes, « Dieu existe » est une tautologie. Si je prends Dieu comme postulat de départ, il me sera ensuite impossible de lui enlever une de ses propriétés constituantes. Je ne peux poser un concept de Dieu, comme je le faisais avec le « triangle donné » et ensuite dire de Dieu qu’il n’a pas sa propriété d’existence ou de perfection, pas plus que je pouvais dire du triangle qu’il n’avait pas d’angles. Mais si je supprime l’idée de Dieu, je supprime en même temps toutes se propriétés! Son existence, sa perfection, sa toute-puissance disparaissent par le fait même.
Descartes a donc raison quand il affirme qu’il ne peut concevoir Dieu sans existence, si l’on prend l’existence comme un attribut « ajouté » de Dieu. Si j’attribue l’existence à un objet, il est en effet absurde d’aussitôt dire que cet objet n’existe pas. Mais si l’on admet que l’existence de Dieu découle du concept même de Dieu, par l’analyse, alors il est possible de nier Dieu et de supprimer en même temps toutes ses propriétés, dont l’existence. C’est là que Descartes se trompe : il confond l’existence logique d’un concept avec son existence concrète. On ne peut attribuer l’existence à quoique ce soit. Si cela était possible, nous dit Kant, alors il faudrait synthétiser un nouveau concept à partir de la chose de départ et de l’idée d’existence, et ensuite ajouter l’existence à ce nouveau concept, ce qui aurait pour effet d’en créer un nouveau, et ainsi de suite, ad infinitum. Dès que je pense une chose, il importe donc que je suppose qu’elle existe, du moins dans mon esprit. Mais ce n’est aucunement une garantie que cette chose existe réellement. Ce que Descartes a pris pour une preuve de l’existence de Dieu n’est alors que le résultat d’une erreur sur l’ontologie et une ignorance des mécanismes de synthèse et d’analyse employés par notre raison.
Cet argument est de nos jours peu populaire sous sa forme originelle. On emploie plutôt l’expression « Signature du Créateur » ou « Trace de Dieu ». Dans sa dimension ontologique, cet argument affirme que Dieu a laissé sa marque en nous pour que nous puissions revenir à lui. Cette idée se trouvait déjà chez Descartes, bien que peu argumentée. L’artifice de cette thèse est un paralogisme naturaliste soigneusement dissimulé combiné à un préjugé ethnocentriste.
En effet, si j’affirme que l’homme, par nature, possède en lui cette idée de Dieu, n’est-ce pas seulement le constat que 95% des humains croient en une certaine forme de divinité? Mais cette divinité, on ne peut savoir avec notre esprit qui elle est et ce qu’elle attend de nous, à supposer qu’elle veuille interagir avec sa création. Affirmer maintenant que cette « idée de Dieu présente en chacun de nous » correspond à Jésus, Yahvé ou Allah revient à dire que tous devraient penser comme nous puisque Dieu (tel que nous le concevons) est une idée innée, ce qui est farfelu et ethnocentriste