an:Cómic zh-min-nan:Ang-á-oē ca:Còmic da:Tegneserie de:Comic als:Comic en:Comics es:Historieta eo:Bildliteraturo ko:만화 hr:Strip id:Komik is:Teiknimyndasaga it:Fumetto he:קומיקס la:Comicus mk:Стрип nl:Stripverhaal ja:バンド・デシネ no:Tegneserie nn:Teikneserie pl:Komiks pt:Banda Desenhada simple:Comics fi:Sarjakuva sv:Tecknad serie zh:连环画
La bande dessinée (appelée encore par l'acronyme BD, ou bédé) est un art littéraire et graphique (souvent appelé le neuvième art) où une histoire est racontée grâce à des images, des dessins, accompagnés d'un texte (explicatif ou dialogue, il est dans ce dernier cas, dans une bulle ou phylactère). On appelle les amateurs de bande dessinée, des bédéphiles.
Histoire de la bande dessinée
Définition
Avant de faire l'histoire de ce médium, il convient de noter que la « bande dessinée » possède plusieurs définitions croisées qui ne se recoupent pas forcément.
Le nom « bande dessinée » devrait permettre de définir la bande dessinée comme un moyen de raconter des histoires par le biais d'une séquence d'images, mais le mot suggère d'autres notions :
- pour certains une bande dessinée mêle l'image au texte, ce dernier étant présent de manière plus ou moins artificielle (« Pour qui la regarde sans familiarité ni complaisance, la bulle de bande dessinée est loin d'offrir une solution gracieuse ou naturelle au problème de l'insertion du texte dans l'image — c'est-à-dire du croisement entre deux régimes de signes fondamentalement différents. » Thierry Smolderen : Ceci n'est pas une bulle ! Structures énonciatives du phylactère ) sous forme de récitatifs ou de phylactères (« bulles »). De nombreuses bandes dessinées muettes, comme le très classique « petit roi » de Otto Soglow, contredisent ce principe qui voudrait qu'une bande dessinée soit forcément encombrée de texte. On sait par ailleurs que le phylactère existait avant la bande dessinée, et qu'il était utilisé d'une manière très proche de celle qui a cours en bande dessinée dans les caricatures de la fin du XVIIIe siècle siècle en Grande-Bretagne ou en France
- Pour certains, la bande dessinée, au-delà d'un simple moyen d'expression (un médium, une boîte à outils), est un « genre ». On retrouve cette opinion chez les amateurs de bande dessinée (« j'aime la science fiction, le roman-policier et la bédé ») comme chez leurs détracteurs (« ce film est une vraie bande dessinée » - phrase qui sous-entend : ce film est fantaisiste et simpliste). Il est à noter que ceux pour qui la bande dessinée est un « genre » considèrent souvent que cette dernière est réservée à un public enfant ou adolescent.
- D'autres vont plus loin et voient la bande dessinée comme un style graphique, allant jusqu'à qualifier des dessins non-séquentiels de dessins « bd », parce que ceux-ci incluent des détails empruntés au graphisme mis au point par des auteurs de bandes dessinées, tels que le « gros nez ».
- Enfin, certains avancent que la bande dessinée est essentiellement un média de masse, destiné à exister sous forme imprimée (multiple). Le rapport très étroit qui lie la bande dessinée aux moyens de reproductions mécaniques leur donne sans doute raison : la lithographie (XVIIIe siècle), qui permet au dessinateur un travail rapide, solitaire et sans limite du nombre d'impressions, a permis à l'estampe de se développer et de se démocratiser. La photogravure a encore ôté certaines contraintes aux auteurs. Les progrès de l'offset au cours des années 1980 ont permis à la couleur directe d'éclore, etc.
Appellations
Les noms donnés à la bande dessinée selon les pays d'origine ou les époques brouillent encore un peu les pistes :
- Dans le champ culturel anglo-saxon, on a longtemps parlé de comics (« comiques ») et de funnies (« amusants »), deux mots qui évoquent un registre thématique bien précis et non un « médium ». Le mot comic strip (« bande comique ») donne une meilleure idée de ce qu'est la bande dessinée de manière formelle.
- Les mêmes anglo-saxons ont proposé au cours des années 1980 deux locutions permettant de faire sortir la bande dessinée du registre léger : Graphic Novel et Sequential Art (« roman graphique » et « art séquentiel »). Il semble que les deux locutions soient des créations de Will Eisner.
- En Italie, la bande dessinée s'appelle Fumetti (« fumées »), car le phylactère est décrit comme un nuage de fumée. C'est donc le phylactère qui définit, ici, la bande dessinée.
- En Espagne, c'est le nom de la première revue de bandes dessinées (TBO, 1917) qui a donné leur nom aux bandes dessinées : Tebeos, mais on parle aussi souvent d’historietas (« historiettes »).
- Au Japon, on utilise le mot manga (漫画) qui est généralement traduit par « images dérisoires », (man signifiant originellement en chinois déborder, à son gré), « dessins libres » dans le sens d'interprétation libre.
- En Chine, on parle de lianhuanhua (连环画 liánhuánhuà, « images enchaînées ») et parfois Manhua (漫畫/漫画 mànhuà). Il est à noter que, jusque récemment, la (très riche) bande dessinée chinoise est composée de livres qui ne contiennent qu'une image par page. Cette image est accompagnée d'un récitatif, et, de manière rarissime, de phylactères.
- En Corée, on parle de Manhwa (만화, prononcer man-oua).
- Dans les pays scandinaves, le mot Tegneserie (norvégien) ou Tecknad serie (suédois) signifie : « série de dessins » (suite de dessins)
- Dans les pays francophones enfin, outre le mot « bande dessinée », on a parlé d’« illustrés » (« livres illustrés ») et de petits mickey, mots qui évoquent un public enfantin.
Anatomie d’une bande dessinée
Les amateurs s'entendent sur un certain nombre de mots et de définitions pour décrire les différents éléments dont sont composés les bandes dessinées.
- la case est une vignette contenant un dessin
- le strip (de l'anglais : « bande ») ou bandeau est une suite de cases, disposées sur une ligne
- la planche est un ensemble de cases, souvent disposées sur plusieurs lignes. On applique généralement le mot planche au document original. L'auteur numérote souvent sa planche discrètement dans un coin de celle-ci. La numérotation des planches n'est pas nécessairement égale à la numérotation des pages de l'album dans lequel elles paraîtront
- les bulles ou phylactères sont des textes intégrés aux vignettes, destinés à la transcription des dialogues des personnages de l'histoire. Les bulles sont souvent rondes (d'où leur nom) et parfois rectangulaires. Pour les pensées, elles ont souvent une forme de nuage. La « queue » de la bulle désigne le personnage qui parle.
- les récitatifs sont des panneaux généralement situés au bord des vignettes et servant aux commentaires en « voix off », notamment pour donner des indications de temps et de lieu (« Au même instant à Moulinsart... ») ou pour fournir des informations permettant une meilleure compréhension de l'action (« Linda ignore qu'Alan a survécu à sa chute »).
- un album est un recueil de planches qui peuvent appartenir à une même série, à un même auteur, ou à un même thème (albums collectifs). On parle typiquement d'album pour les recueils cartonnés et reliés dans un format proche du A4, on qualifie souvent les albums plus petits et reliés par des agrafes de comics (de comic book).
- Une série est un ensemble d'albums reliés par un thème ou un personnage, parfois dans un ordre chronologique.
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Il est difficile de donner une date précise aux premières bandes dessinées.
On dit souvent que les peintures rupestres, comme celles la grotte de Lascaux en France, sont une forme archaïque de bande dessinée puisqu'elles racontent des histoires au moyen d'images. Un tel rapprochement est un peu artificiel car a priori, il ne s'agit jamais de suites de dessins, il n'y a pas de raisons de rattacher les peintures rupestres à la bande dessinée plutôt qu'aux autres arts visuels. De plus, la qualité « narrative » de ces peintures reste à prouver, de nombreux archéologues penchent pour une interprétation chamanique (les dessins auraient une fonction magique).
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Les fresques et les bas-reliefs antiques en Égypte, en Grèce ou à Rome (la colonne Trajane par exemple), ne sont (parfois) pas très éloignés de la définition de bandes dessinées puisqu'ils utilisent la séquence d'images comme moyen de raconter une histoire.
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Au Moyen Âge, le livre prend son essor, et notamment le livre illustré de miniatures. C'est à cette époque aussi que l'on commence à utiliser des bandeaux de textes (phylactères) pour faire parler des personnages. En France la Tapisserie de Bayeux est, au sens strict, une très longue bande dessinée.
À la Renaissance, les peintures des églises racontent souvent des histoires en plusieurs panneaux (aujourd'hui encore, dans la plupart des églises catholiques, le « chemin de croix » raconte les dernières heures de Jésus sous la forme d'une succession d'images). Aux XVIIe siècle et surtout XVIIIe siècle, naît la littérature populaire avec les « livres bleus » diffusés dans les campagnes.
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En 1796 les premières images d'Épinal sont imprimées en série par L'Imagerie d'Épinal fondée par Jean-Charles Pellerin (Vosges). Ce sont des estampes aux sujets populaires (histoire, chanson, contes, etc.) et aux couleurs vives. Plus tard L'Image d'Epinal se transforme. Au tableau unique succède la planche composée d'une histoire, de dessins, de chansons. Jean-Charles Pellerin fut sans nul doute un précurseur des maisons d'édition de bande dessinée.
À la même époque, le dessin de presse connaît sa première grande période, notamment en Grande-Bretagne (avec William Hogarth, Thomas Rowlandson et James Gillray) ou, pendant la Révolution, en France. On y voit naître la pratique régulière du phylactère et, plus généralement, l'imbrication du dessin et du texte, on y voit aussi naître les premiers personnages stéréotypés (comme le célèbre John Bull).
Au XIXe siècle, les histoires en images, se sont répandue grâce à une plus large diffusion de la presse due aux progrès de l'imprimerie et annonce les prémices de la bande dessinée en dépassant l'illustration traditionnelle.
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- Au Japon, Katsushika Hokusai créa une série d'esquisses de dessins grotesques, comparables aux Grotesques de l'italien Léonard de Vinci, qu'il appela manga. Ce nom est encore aujourd'hui celui de la bande dessinée japonaise. Les mangas actuels ont souvent recours aux mêmes genres que les estampes du XIXe siècle : horreur, samouraïs, érotisme, humour. Même si les mangas ont profité d'une influence anglo-saxone au début du XXe siècle et même si le genre s'est cristallisé après la Seconde Guerre mondiale avec Osamu Tezuka, on peut tout à fait considérer qu'une continuité relie les œuvres de l’Ukiyo-e (Hokusai, Sensei, Utamaro, Hiroshige, Sharaku, etc.) aux mangas contemporains.
- En Europe, on s'accorde généralement à reconnaître le Suisse Rodolphe Toepffer (ou Töpffer) comme le premier créateur de bande dessinée, son premier ouvrage Histoire de M. Jabot ayant été publié en 1833. Plusieurs ouvrages du même type suivront. On peut dire que Töpffer a inventé l'album de bandes dessinées (chacun de ses livres est un long récit), le personnage de bande dessinée et même, la théorie de la bande dessinée avec son Essai de physiogonomie. L'expérience connaîtra un grand succès et s'attire cet éloge de Goethe : « C'est vraiment fou, tout pétille de talent et d'esprit ! S'il choisit un jour un sujet moins frivole, et s'il s'applique un peu plus, ce qu'il fera dépassera toute idée ! » Les livres de Töpffer seront réédités (et parfois redessinés, par Cham notamment) et suffisamment bien diffusés, y compris aux États-Unis, pour ne laisser aucun doute sur l'influence considérable qu'ils ont eue sur la suite de l'histoire de la bande dessinée. Viennent ensuite Christophe, auteur de La Famille Fenouillard (1893) et du Sapeur Camember (1896), mais aussi Nadar, Cham, Grandville, Gustave Doré et Caran d'Ache.
- Les dialogues ne sont pas inclus dans ces bandes dessinées sous forme de phylactères, ils sont généralement présents dans des récitatifs situés sous les vignettes.
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- En 1905, La Semaine de Suzette offre à ses petites lectrices les aventures d'une servante bretonne au grand cœur née à Clocher-les-Bécasses, surnommée Bécassine. Ses aventures sont racontées sous la plume de plusieurs auteurs, dont les premiers furent M. Languereau et J. Pinchon.
- En 1908, dans un genre très différent, L'Épatant publie les tribulations d'un trio de petits malins, Les Pieds Nickelés. Cette expression, imaginée par Tristan Bernard, désigne des hommes peu portés sur le travail. Croquignol, Filochard et Ribouldingue ne conçoivent pas de vivre autrement que par la débrouille.
- en 1915, William Randolph Hearst, le plus important homme de presse de son temps, crée le King Features Syndicate dédié à la distribution nationale et internationale de bandes dessinées. Il est imité par Joseph Medill Patterson, son principal concurrent.
- En 1917 à Barcelone en Espagne c'est la première publication du périodiques TBO; le succès fut si grand que dès cette époque toutes les revues de bande dessinée furent appelées tebeos en Espagne, ainsi que les sections des journaux qui publiaient des encarts de bande dessinée ou des histoires pour enfant.
- En 1929 en Belgique une bande dessinée en noir et blanc est publiée dans Le Petit Vingtième, un supplément du journal Le Vingtième Siècle destiné aux jeunes. C'est le début des Aventures de Tintin créées par Georges Remi, dit Hergé. D'un point de vue graphique, la ligne claire de Tintin n'est pas la révolution que l'on dit souvent, puisqu'à l'époque, La Famille Illico paraît depuis près de quinze ans, et Zig et Puce, par Alain Saint-Ogan, existent depuis quelques années aussi — Hergé s'en est, du reste, beaucoup inspiré. Ce sont à d'autres qualités qu'Hergé devra son succès : une technique épurée du récit graphique (jamais de textes inutiles, un grand sens de l'ellipse), de bonnes réminiscences d'auteurs tels que Jules Verne ou Maurice Leblanc, et, à partir du Lotus Bleu, un goût tout à fait inédit en bande dessinée à l'époque pour le travail de documentation.
- En 1929 aux États-Unis c'est l'apparition des strips d'action avec Buck Rogers et Tarzan, d'autres histoires apparaissent sous l'appellation comics, terme qui fut vite adopté pour désigner une forme plutôt qu'un genre. C'est aussi cette année-là que fut publiée sous forme de tabloïds, les Funnies, une compilation d'une série de strips publiée dans les journaux américains ; c'est la première publication en quatre couleurs de comics. Son format Tabloïd provoqua une confusion avec les suppléments du dimanche des divers journaux de l'époque et provoqua l'arrêt de ces suppléments.
- En 1934 paraît en France le premier numéro du Journal de Mickey. Une grande profusion de journaux destinés à un jeune public suivra : Junior, Tarzan, Jumbo, Robinson, etc.
- En 1938 aux États-Unis paraît le premier numéro d’Action Comics, un magazine entièrement dédié aux comics. Il voit la première apparition de Superman (le premier super-héros moderne - Doc Savage, Tarzan, Le Fantôme du Bengale ou Mandrake étaient aussi, à leur façon, des super-héros), et annonce l'âge d'or des comic books aux États-Unis (1938-1950). Depuis, au fil des décennies, sont apparus beaucoup de personnages (voir la section dédiée aux comics).
- En 1946 au Japon, après la deuxième guerre mondiale, le manga japonais commença à se moderniser. L'abrogation de l'interdiction des publications (hors propagande) permet à Osamu Tezuka de rendre aussi bien le contenu que la forme du manga plus énergique. Le premier livre de Tezuka fut une adaptation de L'Île au trésor intitulée La Nouvelle Île au trésor. 1947
- En 1949, en France, une loi se propose d'œuvrer à une « amélioration des publications destinées à la jeunesse ». Son véritable programme est en fait de supprimer la bande dessinée en y appliquant de nombreuses contraintes, comme celle, toujours en vigueur, qui veut qu'un journal destiné aux jeunes doive contenir une part importante de rédactionnel.
- En 1954, craignant qu'une loi anti-comics ne soit votée, un certain nombre d'éditeurs se regroupe pour créer un label d’auto-censure, le Comics Code Authority. La même année, le psychiatre Fredric Wertham publie Seduction of the innocent, une violente charge contre la bande dessinée qui présente l’industrie des comics comme un complot, et lui impute tous les maux de la jeunesse.
- En 1958, Francisco Ibañez crée les immortels Mortadelo y Filemón (agence d'information).
- En 1959 c'est la parution du journal Pilote (Mâtin, quel journal !), un hebdomadaire de bande dessinée qui découvrit beaucoup d'œuvres talentueuses telles : Astérix le Gaulois (de René Goscinny et Albert Uderzo), Tanguy et Laverdure (de Jean-Michel Charlier et Albert Uderzo), Barbe-Rouge (de Jean-Michel Charlier et Victor Hubinon) et bien d'autres.
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- Dans les années 1960, la bande dessinée francophone se développe, en particulier à travers l'essor de magazines (en particulier le Journal de Spirou et le Journal de Tintin, puis avec le journal Pilote), permettant l'émergence de nouveaux personnages dont les plus populaires verront leurs aventures compilées dans des albums cartonnés et remporte alors un très grand succès auprès du grand public.
- Humour : Astérix, Lucky Luke, Iznogoud, Gaston Lagaffe, Achille Talon, Philémon, Les Schtroumpfs, etc.
- Aventure : Tintin, Blueberry, Spirou, Barbe-Rouge, etc.
- Science fiction : Valérian, Yoko Tsuno, Blake et Mortimer, etc.
- Sport : Michel Vaillant, Éric Castel, etc.
- Auteurs : Bilal, Boucq, Bretécher, Charlier, Christin, Druillet, Franquin, Fred, Jijé, Moebius, Godard, Goscinny, Gotlib, Greg, Hergé, Edgar P. Jacobs, Lauzier, Mandryka, Jacques Martin, Morris, Pétillon, Peyo, Reiser, Tabary, Uderzo, Martin Veyron, etc.
- Revues : Record, Tintin, Pilote, Spirou, etc.
- En 1964, Quino crée son incroyable Mafalda, petite fille argentine qui nous livre sa vision particulière du monde qui l'entoure.
La bande dessinée « adulte » sort de la confidentialité (elle a toujours existé, mais soumise à une censure importante, restreinte à un public précis et cantonnée aux thèmes pornographiques), avec V Magazine, et la série Barbarella, par Jean-Claude Forest, ainsi qu'avec Blanche Épiphanie, par Georges Pichard.
Enfin, c'est au cours des années 1960 que des chercheurs et des passionnés commenceront à étudier la bande dessinée de manière sérieuse : Pierre Fresnaut-Deruelle, Alain Resnais, Francis Lacassin, etc.
À la suite de Pilote, qui avait été le premier journal à s'adresser aux jeunes (c'est-à-dire aux adolescents — donc ni aux enfants, ni aux adultes), à la suite de V Magazine, de Chouchou, de Hara Kiri, et dans le cadre de la libéralisation progressive des mœurs post-soixante-huit, une presse « adulte » offre au public un contenu pornographique souvent mais aussi, et c'est là une nouveauté, subversif, politique, underground : Actuel (1970), L'Écho des savanes, créé par trois transfuges de Pilote (Nikita Mandryka, Claire Bretécher, Marcel Gotlib) en 1972, Mormoil (1974) et bien d'autres titres qui ont, à ce jour, tous disparu à l'exception notoire de Fluide Glacial, né en 1975, qui avait choisi une voie relativement marginale en son temps, inspirée du journal américain Mad : pas de politique, relativement peu de subversion, mais de l'humour à chaque page.
À la fin des années 1970 début 80, la bande dessinée s'offre de nouvelles ambitions et se fait nommer roman graphique, aux États-Unis avec Will Eisner (Un bail avec Dieu), en Italie avec Hugo Pratt, en Argentine avec Alberto Breccia, en France avec le journal (À SUIVRE) et ses « romans à suivre » tels que Ici-même (Tardi/Forest), Comès (L'Ombre du Corbeau, La Belette), Jean-Claude Servais (Isabelle). Les premiers « romans graphiques » sont en noir et blanc et, souvent, d'un graphisme qui tranche avec les productions habituelles. Les dernières décennies ont vu l'affirmation du succès de bandes dessinées destinées aux adultes, abordant des thèmes nouveaux, développant des intrigues complexes et des personnages ambigus.
Les années 1990 connaîssent trois évolutions importantes :
- Les influences s'internationalisent : la bande dessinée franco-belge se penche sur les comics et les mangas, les Américains s'intéressent eux aussi aux mangas, ainsi qu'à la bande dessinée européenne, les Japonais débauchent des auteurs européens, et de nombreux pays s’intéressent à nouveau à la bande dessinée après avoir laissé le genre en friche (ou sous la triple influence de Mad Magazine, Disney et du King Features Syndicate) pendant des décennies : Grande-Bretagne et Commonwealth, Allemagne et pays scandinaves, etc.
- La quasi-disparition de la bande dessinée périodique au profit de l'album, y compris dans la BD dite « populaire » : Lanfeust de Troy, Largo Winch, XIII, Blake et Mortimer ou encore Titeuf, qui atteignent à chaque nouvelle parution des volumes de vente très importants (jusqu'à 500 000 exemplaires). De fait, le secteur de la bande dessinée est l’un des rares secteurs du livre qui progresse régulièrement en termes financiers.
- Les expériences de micro-édition underground des années 1970 et 1980 se transforment en un véritable secteur de l'édition de bédé, dite « BD indépendante » ou « BD alter », avec des éditeurs phares tels que L'Association ou Cornélius en France, Fréon en Belgique, Atrabile en Suisse, Fantagraphics Books et Drawn and Quarterly en Amérique du nord, Cockroach en Chine, etc. Les auteurs qui éditent (et souvent, s'auto-éditent) dans ce secteur sont souvent tentés par l'autobiographie, la bande dessinée expérimentale (cf. Oubapo), mais aussi la bande dessinée d'aventure. Citons, parmi les plus emblématiques : Art Spiegelman, Lewis Trondheim, David B, Marjane Satrapi. Ces auteurs ne renient pas pour autant le grand public ni les genres plus classiques. La série Donjon en est un bon exemple, dans le genre heroic fantasy avec un zeste d'ironie et de parodie, ainsi que la participation à chaque numéro de dessinateurs différents (comme dans les années 1950 avec les histoires de l'oncle Paul). Actuellement, les collections « Poisson-Pilote » chez Dargaud ou « Aire Libre » chez Dupuis sont très représentatives de ce changement.
Les grands traits des années 1990 restent vrais, mais connaissent des mutations qui inquiètent certains professionnels du secteur :
- la surproduction : en 2005, il se publie près de dix albums francophones par jour, personne n'est plus à même de savoir tout ce qui se publie en bande dessinée.
- la digestion des expériences de la micro-édition par les gros éditeurs, qui débauchent les auteurs les plus accessibles au grand public et n'ont pas peur de fournir des ersatz de bande dessinée d'auteur à un public non-spécialisé.
On voit également avec l'explosion d'internet apparaitre le phénomènes des Blogs BD : des auteurs, souvent jeunes mais parfois déjà connus utilisent leurs blogs pour faire connaitre leur travail.
Le plus emblématique de ces BD-bloggueurs est le mystérieux Frantico, dont le blog a finalement été repris en album.
BD & cinéma
Les industries de la bande dessinée et du cinéma sont nées en même temps, et ont beaucoup de traits communs (la séquence, la narration, le temps). Des séries telles que la Famille Illico ou Little Orphan Annie ont eu très tôt les honneurs d'adaptations en films « live » et on ne compte pas les adaptations de bandes dessinées en dessin animé (Popeye) et vice-versa (Mickey). De nombreux auteurs de bande dessinée sont passés, temporairement ou définitivement, à la réalisation ou à la scénarisation de films : Gérard Lauzier, Didier Martiny, Patrice Leconte, Marc Caro (co-auteur de Delicatessen), Terry Gilliam, Frank Miller (qui scénarise Robocop), etc.
Longtemps, les adaptations de bandes dessinées au cinéma (ou en séries télévisées) ont été des productions à petit budget et sans grandes ambitions artistiques (avec quelques exceptions, comme Barbarella) : Lucky Luke, Gros dégueulasse, Fais gaffe à la gaffe (Gaston Lagaffe), Spiderman. Aux États-Unis, au début des années 1980, de véritables films adaptés de bandes dessinées ont vu le jour, revisitant les classiques du comic-strip : Popeye par Robert Altman, Annie par John Huston, Flash Gordon, Dick Tracy, Superman par Richard Lester, etc.
À la fin des années 1980, une nouvelle voie est ouverte par Tim Burton avec son Batman : ayant grandi avec les comics et ayant suivi les évolutions récentes du genre (Frank Miller, Alan Moore), Burton filme Batman comme un conte sombre et dramatique. Enfin on prend un super-héros au sérieux. Le progrès des effets spéciaux numériques, au cours des années 1990, a permis de rendre presque crédibles visuellement les effets exubérants autrefois imaginés par Stan Lee et Jack Kirby, ce qui aboutira à la création d'une grande quantité de films inspirés par les comic-books : Spiderman par Sam Raimi, Les X-Men, Daredevil, Catwoman, La Ligue des gentlemen extraordinaires, The Crow, etc.). En France, Astérix bénéficie de moyens équivalents.
D'autres genres de bandes dessinées ont inspiré le cinéma : Les Sentiers de la perdition, From Hell, Ghost World, Sin City ou encore American Splendor. L'influence de la bande dessinée sur le cinéma prend parfois des chemins plus détournés : l'univers de Jean-Claude Mézières (Valérian) est par exemple une influence majeure et assumée du Cinquième Élément, de Luc Besson, mais a aussi été une source d'inspiration importante pour Star Wars.
Théorie de la Bande Dessinée
Processus de création
Bien que les étapes de la création d'une bande dessinée dépendent des artistes et des œuvres, un cheminement général peut être évoqué :
- histoire ou idée : originale ou inspirée d'une œuvre existente (littéraire ou cinématographique le plus souvent) ;
- scénario : traitement détaillé de l'histoire adapté au média, il précise l'action, les personnages et ébauche les dialogues ;
- recherche graphique : le dessinateur travaille au style, à l'apparence des décors et des personnages ;
- mise en page : détermination des points de vue, des cadrages et de l'agencement des vignettes dans la planche ;
- crayonné : finalisation du dessin ;
- encrage : opération consistant à redessiner à l'encre les contours et les ombres afin de clarifier le dessin, seul ce tracé sera imprimé, le crayonné ayant uniquement servi d'esquisse ;
- lettrage : finalisation des dialogues et cadres de textes ;
- mise en couleur.
En fonction de l'œuvre, le même artiste peut réaliser toutes les étapes, en omettre certaines (telle que l'encrage ou la mise en couleur) ou le travail peut-être partagé (le plus souvent entre un scénariste et un dessinateur mais parfois également un encreur et un peintre).
Bibliographie
- Marjorie Alessandrini, Marc Duveau, Jean-Claude Glasser, Marion Vidal, L'Encyclopédie des bandes dessinées, Albin Michel, 1986
- Brad Brooks, Tim Pilcher, Steve Edgell, Hervé Flores, Le B.A.-BA de la BD et du dessin d'humour : du rough à la réalisation, Eyrolles, 2002
- Bernard Duc, L'Art de la BD, tome 1 : du scénario à la réalisation, Glénat, Collection Art et technique, 1993
- Bernard Duc, L'Art de la BD, tome 2 : la technique du dessin, Glénat, Collection Art et technique, 1993
- Jean-Benoît Durand, BD mode d'emploi, Flammarion, Collection Castor Doc, 1999
- Will Eisner, La bande dessinée, art séquenciel, Vertige Graphic, 1997
- Henri Filippini, Dictionnaire de la bande dessinée, Bordas, 2005
- Thierry Groensteen, Système de la bande dessinée, PUF, Collection Formes sémiotiques, 1999
- Scott McCloud, L'Art invisible, Vertige Graphic, 1999 (présentation théorique de la bande dessinée sous forme de bande dessinée)
- Benoît Peeters, Lire la bande dessinée, Flammarion, Collection Champs Flammarion, 2003
- Jean-Bruno Renard, Clefs pour la bande dessinée, Seghers, collection Clefs, 1978
Fanzinat
Il existe une importante culture underground de la bande dessinée au travers de fanzines. Les fanzines permettent à de jeunes auteurs de se faire la main sur des histoires courtes et de recueillir des critiques sur leur travail.
Festivals
- Le Festival BD d'Angoulême est considéré comme le plus important en France. Il a lieu chaque année à Angoulême depuis 1974, durant la dernière semaine de janvier, du jeudi au dimanche. Les prix décernés se nommaient jusqu'en 2003 « Alph'Art », auparavant nommés les « Alfred » (du nom d'un héros dessiné par Alain Saint-Ogan, dans la série Zig et Puce).
- Le festival de Solliès-ville a lieu dans ce charmant village perché sur une colline du Var non loin de Toulon tous les ans le dernier week-end d'août, en plein air, l'entrée y est gratuite
- le festival de Colomiers, dans la banlieue de Toulouse, a lieu pour sa part tous les ans au mois de novembre
Les différents Genres BD
- BD Franco-belge
- La BD franco-belge désigne comme son nom l'indique les BD produites en France et en Belgique. Par extension, on parle aussi de BD européenne.
- Comic strip
- Bandes dessinées de quelques cases, toujours très courantes dans les pays anglo-saxons. Voir Comic strip.
- Comics
- Bandes dessinées américaines : voir la page dédiée aux comics.
- Fumetti
- Bandes dessinées en Italie : voir la page dédiée aux fumetti.
- Manga
- Bandes dessinées japonaises : voir la page dédiée aux mangas.
- Manhwas
- Bandes dessinées coréennes : voir la page dédiée aux manhwas.
- Roman graphique
- Bande dessinées racontant une histoire plus détaillée et complexe se situant entre Le roman et la Bande dessinée dite traditionnelle : voir la page dédiée aux romans graphiques
- Tebeo
- Bandes dessinées en Espagne : voir la page dédiée aux tebeos
- BD suisse
- La BD suisse - notamment suisse romande - n'est pas en reste, avec des auteurs tels que Zep (série Titeuf), Daniel Ceppi (série Stéphane Clément, chroniques d'un voyageur), ou Cosey (série Jonathan), Gérald Poussin, Frederik Peeters, entre autres.
- Petits Formats
- Bandes dessinées de poche (généralement au format 13x18 cm) et le plus souvent en noir et blanc : voir la page dédiée aux Petits Formats.
- WebComic
- Se dit des bandes dessinées publiées directement sur une page Web. C'est une forme particulière de récit sur support numérique également désignée par le terme BD en ligne. Exemple: Megatokyo. Cette forme nouvelle de BD a permis à certains dessinateurs de se faire rapidement remarquer. C'est le cas par exemple du bédéiste de La vie du Lutin, remarqué par Spirou et Lewis Trondheim.
- Lianhuanhua
- Voir l'article consacré à la bande dessinée chinoise.
- aussi appelé Manhua (漫畫/漫画mànhuà)
- Bande dessinée africaine
- (en cours)
Quelques sites dédiés à la bande dessinée
Boutiques en Ligne
- TopBD : Librairie en ligne spécialisée dans la BD et ses Produits Dérivés.
- BDnet : Librairie en ligne - membre du réseau « Canal BD », regroupement de libraires indépendants
Bédéthèques
- BDovore : site pour gérer gratuitement sa collection de BD en ligne
- La bédéthèque :: Bdthèque du logiciel BDGest
- BDTheque : Bdthèque mis en ligne par les internautes
- Encyclo'BD : site permettant de gérer gratuitement sa collection de BD en ligne. Gère les albums et les objets para BD.
Chroniques
- Du9 : anciennement un fanzine, Du9 est un webzine actif depuis 1996, promoteur d'une bande dessinée exigeante.
- BD Sélection : l'hebdo de la bande dessinée]
- Bulledair : chroniques de BD et Hebdos BD en ligne
- BDGest Forum : Chroniques et forum autour des sorties BD
- ART9 : chroniques et synopsis par des bénévoles sur les séries BD terminées
- Mezkale : Chroniques, portraits, interviews et news BD
- CoinBD.com : site proposant de nombreuses chroniques sur des milliers d'albums BD.
Sites Généralistes
- 1001 BD : site sur la BD sous toutes ses formes
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