Image:Taoist priest - Taishan.jpg Le taoïsme (道教 pinyin : dào jiào, littéralement : la religion, ou l'école, de la voie) est à la fois une philosophie et une religion chinoise.
Plongeant ses racines dans les profondeurs de la culture chinoise ancienne, ce courant de pensée multiforme a imprégné l'art, la philosophie et la spiritualité de l'Extrême-Orient. On en trouve des avatars bouddhiques dans le Chan (Zen en japonais), des variantes médicales, politiques, esthétiques, on le retrouve dans les arts martiaux et il résonne encore aujourd'hui jusqu'en Occident, en particulier avec des thèmes comme l'écologie et le développement personnel.
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Le terme taoïsme peut désigner des choses apparentées mais différentes. Contrairement au bouddhisme, il ne tire pas ses origines d’un fondateur unique et de son groupe de disciples, mais résulte de la rencontre de divers courants et pratiques. Les termes daojiao 道教 (plutôt choisi pour les écoles religieuses) et daojia 道家(plutôt utilisé pour les philosophes), désignent dès les Han des sectes et des courants différents. Il y aura avec le temps des regroupements d’écoles, mais jamais constitution d’un système unique.
C’est un secteur de la religion chinoise, dont les maitres taoïstes sont les spécialistes rituels. Le terme de "fidèle taoïste" daojiaotu 道教徒 est une création moderne, traditionnellement il n’existe que des maitres (ou moines) taoïstes, les daoshi 道士.
Jusque récemment, on connaissait surtout en Occident le "taoïsme textuel", courant philosophique basé sur des textes dont les auteurs les plus anciens (jusqu’à la fin du IIIesiècle), il faut le rappeler, n’étaient pas tous des taoïstes (huanglao, He Yan, Wang Bi etc..).
Selon le contexte, le terme taoïsme peut donc désigner :
Les deux premiers sens sont plus courants dans le monde chinois et le troisième plus courant en Occident.
Le taoïsme aurait commencé sous forme de religion chamanique, sans doute, avant la dynastie Shang, puis évolué à plusieurs reprises, en fonction des apports philosophiques écrits ou des impératifs politiques des différentes dynasties.
Son noyau le plus sûr est constitué par le « Canon taoïste », ensemble de trois livres écrits ou compilés peu de siècles avant Jésus-Christ :
À l'époque durant laquelle ces deux philosophes auraient vécu (si tant est qu'ils aient effectivement existé), existait une catégorie d'hommes de savoir aussi mentionnés par Zhuangzi, trop vite oubliés mais qui ont pourtant joué un rôle essentiel dans la formation du taoïsme et de ses pratiques. Ce sont les êtres « aux pouvoirs extraordinaires » qui pratiquaient des exercices gymniques et respiratoires qui sont sans aucun doute à l'origine des exercices de Daoyin tels qu'ils sont encore pratiqués aujourd'hui (sous une forme altérée). C'est la période des « spécialistes » (Fangshi), provenant d'un chamanisme très ancien, et des immortels, figures de légende qui ont enflammé l'imagination d'adeptes et d'empereurs durant des siècles. Ce sont ces mêmes personnages dont on sait si peu (l'écriture ne sera généralisée que bien plus tard) qui sont aussi à l'origine des ermites chinois, qu'ils soient taoïstes ou bouddhistes, souvent en marge de toutes les doctrines, et qui ont joué un rôle essentiel dans le développement des techniques de longévité.
La philosophie de Laozi (Dao De Jing) et de Zhuangzi (Nanhua Zhenjing) des Royaumes Combattants s'est progressivement mêlée aux idées cosmogoniques des écoles du Yin-Yang et des Cinq Eléments pour donner un mouvement « d'idées taoïstes » qui mettaient en avant la pensée de Lao Zi et l'idéal de Huáng Dì le souverain Jaune légendaire. Ce courant fut connu sous les Han sous le nom de Huanglao, formé du début du nom des deux personnages centraux et déifiés : Huáng Dì et Lao Zi. Plutôt que le premier mouvement à caractère religieux, comme il a parfois été présenté, Huanglao est un trait de culture qui est aujourd'hui assimilée à la culture taoïste, alors seulement en formation.
Image:Daikoku.jpg Durant la même période, le premier vrai mouvement religieux du nom de Taiping Dao (la Voie de la Grande Paix) fut créé par Zhang Jue à partir de la culture Huanglao. Il fut suivi par l'école Wudoumi Dao (école des cinq boisseaux de riz) fondé par Zhang Daoling, figure aujourd'hui légendaire. Ce dernier courant était organisé autour d'un personnage central « céleste » qui, comme l'empereur, régnait sur une cohorte d'adeptes en suivant le modèle de Laozi. Ces derniers devaient payer un tribut (cinq boisseaux de riz) pour faire partie de la communauté dont les pratiques étaient centrées autour des démons et des maladies dont les adeptes devaient se guérir à l'aide de rituels et de talismans. Cette école sera plus tard appelée Tianshi Dao (l'école des Maîtres Célestes) et chaque « maître céleste » sera issu (mais pas toujours) de la même famille Zhang, jusqu'à nos jours dont le représentant actuel se trouve à Taïwan. Parallèlement à cette école, religieuse selon nos critères occidentaux, se développa à partir des Fangshi les pratiques alchimiques qui marquèrent un tournant dans la vie des premiers adeptes taoïstes. Il s'agissait d'obtenir l'immortalité physique par l'ascèse d'une part et par l'ingestion de produits minéraux et végétaux hautement toxiques, pour former dans le corps un « élixir » (Tian) ou une « pilule d'immortalité » faite d'or à partir de cinabre. Ce courant, très en vue sous les Tang, fut appelé Jindan (Pilule d'Or ou Elixir d'Or) et il constitua les premisses de la chimie. Peu de temps après, sous les Song, ce nom désigna des pratiques aussi bien "externes" (ingestion de minéraux), qu'internes (gymniques, méditatives, respiratoires) ou sexuelles. Il fut progressivement remplacé sous les Song par des techniques presqu'exclusivement internes et fut connu sous le nom de Neidan (Elixir Interne), pour se différencier du précédent, et dont est issue l'appellation « d'alchimie interne ». On y développa les centres énergétiques appelés « Champs de Cinabre » (Dantian) de la libre circulation du Qi (énergie vitale / souffle vital) dans le corps et des techniques méditatives.
Il y eu plusieurs écoles taoïstes au fil du temps, mais les deux prépondérantes dès les dynasties Jin et Yuan (XIIe et XIIIe siècles) furent l'école des Maîtres Célestes (appelée aussi Zhengyi, Unité Orthodoxe) et l'école de la Complétude de l'Authentique (Quanzhen Dao). Cette dernière est la fusion de deux courants alchimiques (comprendre ascétiques) : l'école du nord qui fut fondée dans le Shaanxi sous les Jin par l'excentrique Wang Chongyang sur les bases de la tradition alchimique (interne, Neidan) de la tradition dite de Zhonglü (du nom des deux patriarches « immortels » Zhong Liquan et Lü Dongbin), du bouddhisme Chan et de la bienveillance confucéenne ; l'école du sud de Zhang Boduan des Song fondée dans le Sichuan mais très active au sud du Changjiang. Il existe donc aujourd'hui deux courants, l'un plutôt ritualiste et séculier, l'autre plutôt ascétique centré autour de communautés de type bouddhique.
Dans la Chine impériale, deux courants principaux se partagent l'héritage de ces écrits. Le taoïsme populaire est une forme de religion, avec ses prêtres, ses rites, son aspiration à l'immortalité de l'âme ou du corps, son bestiaire fabuleux, ses saints et ses sectes. Concurrencé par l'arrivée du bouddhisme, il s'est renouvelé pour survivre en lui empruntant, tout comme le bouddhisme s'est fortement teinté de taoïsme en s'introduisant en Chine. Le syncrétisme chinois a permis aux « trois religions » (confucianisme, taoïsme, bouddhisme) de cohabiter, d'échanger, et aussi d'éviter la plupart du temps les guerres de religion, transformées en luttes d'influence auprès de l'empereur. Parallèlement à la religion taoïste, un courant nommé en Occident « Taoïsme philosophique » a cherché à contre-balancer dans le cœur des lettrés l'hégémonie du confucianisme, qui fut promu très tôt orthodoxie officielle et qui a dominé la pensée chinoise jusqu'à nos jours, presque sans interruptions, parfois au détriment de la diversité.
S'étant souvent défini par rapport à son rival confucianiste, le courant de pensée taoïste peut s'éclairer par comparaison avec ce dernier. Cependant, ces deux courants de pensée partagent l'héritage du fond culturel chinois, qui est beaucoup plus important que ce qui les sépare, et sont ainsi plus complémentaires qu'antagonistes. Les lettrés chinois les ont le plus souvent perçus comme deux moyens différents d'arriver au même but : la sagesse. Chacun est efficace dans son domaine, et on peut très bien, comme le dit l'adage, être « confucianiste le jour et taoïste la nuit ».
La recherche de la sagesse en Chine se fonde principalement sur l'harmonie. L'harmonie, pour les taoïstes, se trouve en plaçant son cœur (et son esprit, le caractère chinois du cœur désigne les deux entités) dans la Voie (le Tao), c'est-à-dire dans la même voie que la nature. En retournant à l'authenticité primordiale et naturelle, en imitant la passivité féconde de la nature qui produit spontanément les « dix mille êtres », l'homme peut se libérer des contraintes et son esprit peut « chevaucher les nuages ». Pronant une sorte de quiétisme naturaliste (Granet), le taoïsme est un idéal d'insouciance, de spontanéïté, de liberté individuelle, de refus des rigueurs de la vie sociale et de communion extatique avec les forces cosmiques. Ce taoïsme des grandes chevauchées mystiques a servi de refuge aux lettrés marginaux, ou marginalisés par un bannissement aux marches de l'Empire, aux poètes oubliés, aux peintres reclus... et fascine aujourd'hui bien des Occidentaux.
Pour se libérer des contraintes sociales, le taoïste peut fuir la ville et se retirer dans les montagnes, ou vivre en paysan. Dans les Entretiens de Confucius, on trouve déjà cette opposition très chinoise entre d'une part ceux qui assument la vie en société et cherchent à l'améliorer (les confucianistes) et, d'autre part, ceux qui considèrent qu'il est impossible et dangereux d'améliorer la société, qui n'est qu'un cadre artificiel empêchant le naturel de s'exprimer (les taoïstes). Cette dialectique est celle de l'engagement, qui divise encore les milieux littéraires dans le monde. Quelques images de Zhuang Zi l'éclairent commodément : un arbre tordu, dont le menuisier ne peut faire de planches, vivra de sa belle vie au bord du chemin, tandis qu'un arbre bien droit sera coupé en planches puis vendu par le bûcheron. L'inutilité est garante de sérénité, de longue vie. De même l'occupant d'une barque se fera insulter copieusement s'il vient gêner un gros bateau, mais, si la barque est vide, le gros bateau s'arrangera simplement pour l'éviter. Il convient donc d'être inutile, vide, sans qualités, transparent, de « vomir son intelligence », de n'avoir pas d'idée préconçues et le moins d'opinions possible. Ayant fait le vide en soi, le sage est entièrement disponible et se laisse emporter comme une feuille morte dans le courant de la vie, c'est-à-dire : librement « s'ébattre dans la Voie ».
C'est le vide du moyeu qui donne son utilité à la roue, le vide dans la jarre qui donne son utilité au récipient, le vide des portes et fenêtres qui donne son utilité aux maisons, nous explique Lao Zi (DDJ XI).
C'est la partie Yin, le fond obscur des vallées, le sexe féminin qui ont le pouvoir de créer, de multiplier les êtres (DDJ VI). Dans ce vide qui n'est pas le vide théorique des physiciens, se trouvent en germe toutes les possibilités de l'existence. En faisant le vide en soi, les pensées limpides peuvent circuler. C'est grâce au « blanc » du papier que les traits du pinceau peuvent recréer avec grâce et sincérité des montagnes, des rivières, des arbres ou des bambous. Cette fécondité du vide est au cœur du Dao De Jing et de toute la pensée taoïste.
L'inutilité sociale, l'absence de qualités effectives qui est présence en puissance de toutes les qualités possibles, la vacuité d'un cœur libéré de tout soucis mondains, sont les aspirations les plus courantes de la voie taoïste. On peut se retirer du monde pour s'en approcher, mais ce n'est ni nécessaire ni suffisant. Pour réaliser cette libération, pour « trouver la Voie », un des moyens possible est l'utilisation des paradoxes. Ils sont très nombreux dans le Dao De Jing et frisent souvent la provocation : c'est sans sortir de chez soi qu'on connaît le monde, c'est en ne sachant pas qu'on sait, c'est quand on agit le moins que son action est la plus efficace, etc. Le but de ces paradoxes est de briser la pensée conventionnelle, de détacher des liens logiques, voire de casser les significations des mots et d'inverser leurs valeurs.
Il faut éviter de rapprocher le taoïsme philosophique du subjectivisme, car le sujet pensant (le je), loin d'être placé au centre de perspective du monde, est considéré comme une ultime contrainte faisant écran avec la Nature et la spontanéïté. Le taoïsme n'est pas non plus un relativisme intégral : seules les valeurs sociales sont rejetées comme artificielles et les valeurs propres à la vie sont recherchées, ainsi la souplesse, l'agilité, la disponibilité, la fertilité.
Prenant souvent à contre-pied une pensée confucianiste déjà instituée en doctrine rigide, les penseurs taoïstes se sont moqués allégrement de certains dogmes de leurs adversaires. Ils ont surtout cherché à dépasser des débats parfois trop terre-à-terre à leur goûts, et énoncent dans ce but un certain nombre de paradoxes qui inversent les priorités ou bien vont à l'encontre du sens commun, ainsi : la faiblesse est plus forte que la force, la stupidité marque l'intelligence suprême, ou la civilisation est une décadence.
Alors que la plupart des personnages de la mythologie chinoise sont des héros civilisateurs, qui ont donné aux hommes des inventions telles que l'agriculture, l'irrigation, la médecine ou l'écriture, le taoïsme s'oppose radicalement à l'invention et à la technique, ce trait proprement humain. Pour l'illustrer, une parabole de Zhuang Zi met en scène un paysan taoïste qui, bien que connaissant l'usage du chadouf (qui lui économiserait beaucoup de temps et d'énergie pour arroser ses champs), aurait « honte de s'en servir » parce que cette technique artificielle va à l'encontre de la nature. Allant dans le même sens, un paragraphe du Dao De Jing (DDJ CXXX) propose un « retour aux cordes nouées » (ancêtres des systèmes d'écriture). Ce même texte va plus loin : des villageois ne rencontrent pas de toute leur vie les villageois du hameau qui est à portée de vue. Si l'on suit cet enseignement, la société proposée par Lao Zi comme idéal de simplicité est une constellation de villages autonomes sans liens entre eux et des humains sans curiosité ni pour les outils permettant de leur faciliter la vie, ni même pour le monde extérieur.
On oublie souvent que le Dao De Jing est aussi un livre écrit à l'usage du Prince, un recueil de maximes de gouvernement, dont la plupart sont radicalement incompatibles avec les idées de progrès social et de démocratie. Ainsi Lao Zi propose explicitement qu'on rende le peuple ignare, qu'on ne lui explique jamais les mécanismes du pouvoir auxquels il est soumis, qu'on le traite comme ces « chiens de paille » brûlés lors des sacrifices. Éduquer le peuple, c'est créer les conditions du chaos social, nous dit-il. En cela l'opposition avec les idées de Confucius, cet éducateur inlassable, cet activiste impénitent, est des plus marquées. Faute de contexte historique suffisant, on peut difficilement rendre compte de la doctrine politique de Lao Zi, ni même si elle existait vraiment, mais il ne faut pas oublier qu'on s'est parfois servi de quelques-uns de ses aphorismes pour justifier le totalitarisme en Chine et ailleurs.
Image:Calligraphie chinoise sur tombe taoiste.jpg
Une autre idée politique souvent mise en avant dans le Dao De Jing est celle du « laissez-faire ». Si on « laisse faire » la nature et ses dix mille êtres, ils croissent et se multiplient. Si on ne cherche pas à gouverner les hommes, ils s'auto-organisent spontanément de la meilleure façon possible. Cette idée qui peut sembler libertaire doit être remise en contexte. D'un côté, elle se fonde sur l'antique croyance chamanique d'une action efficace du Prince par le jeu des correspondances entre les microcosmes et le macrocosme. Ainsi le simple fait pour celui qui dispose du Mandat du Ciel de décrire dans sa maison la suite des saisons en déménageant régulièrement d'une salle à l'autre, assure que la pluie viendra à son heure féconder les champs, que l'hiver durera le temps voulu, etc. L'inaction apparente n'empêche pas l'action effective. Si la circulation saisonnière dans sa maison assure la bonne marche de l'empire, c'est parce qu'il y a « résonance » et effet d'entraînement — ou d'engrenage — entre la maison du Prince et son empire. C'est-à-dire que la maison du Prince est conçue comme une représentation homothétique du monde. D'ailleurs, les éclipses, famines ou inondations sont interprétées aussitôt comme un dérèglement des mœurs dans la maison du Prince. D'autre part, cette idée d'une inaction efficace a pu être prônée par des penseur plus rationnels, quand ils souhaitaient contenir les caprices des princes et limiter leurs dégâts sur le peuple.
Le « laisser-faire » ou wu-wei, au sein de l'individu, a une grande portée et le taoïsme s'attache à cultiver l'efficacité particulière qui découle de l'absence d'intentions. L'activité de certains artisans est minutieusement décrite par Zhuang Zi. Il montre un boucher ou un charron qui ont acquis la plus grande maîtrise de leur art après des années d'apprentissage, mais surtout après ils peuvent oublier l'objet qu'ils travaillent. Ils laissent les gestes, donc leur corps, opérer seul, sans le moteur de la volonté. On rencontre tous les jours des situations qui montrent que le vouloir peut interférer avec l'action du corps et produire des œuvres ratées. Une part d'« inconscience » est souvent nécessaire pour peindre, écrire, sculpter, chanter. Qui veut bien faire n'arrive au mieux qu'au médiocre. Pour un créateur, aspirer au Beau ne conduit souvent qu'à des œuvres qui sentent la sueur et la colle. Voilà un des paradoxes humains des plus fertiles décelés par le taoïsme, et tout l'art chinois, ainsi que sa critique, s'en ressentent.
Outre son influence majeure sur l'art de l'extrême-orient (toujours redécouvert en occident et toujours à redécouvrir), le taoïsme a profondément influencé des domaines aussi variés que la médecine, la politique, la religion populaire, le bouddhisme chinois, l'art des jardins, la cuisine et la vie sexuelle (considérées souvent comme parties de la médecine), les arts martiaux, la philosophie, la littérature, etc. Aujourd'hui, après un demi-siècle de répression en Chine populaire parce que ses manifestations étaient considérées comme des superstitions féodales par les communistes, le taoïsme est à nouveau considéré comme un élément fondamental de sa culture dans son pays d'origine. Par ailleurs, son influence s'étend jusqu'en Occident et nourrit les discussions sur l'esthétique, l'écologie, devient même un ferment pour de nombreuses nouvelles formes de spiritualité.
Part constitutive avec son pendant confucianiste de la culture de la civilisation vivante la plus âgée, ayant contribué à façonner un peuple qui représente aujourd'hui un bon quart de l'humanité, mais ayant aussi été réprimé par les courants de pensée qui lui disputaient l'oreille du peuple ou des princes, le taoïsme suit ses propres préceptes : fluide comme l'eau, vieux comme la mer, difficile à fixer dans des mots, impossible à enfermer dans une catégorie, particulièrement rétif à la systématisation, il imprègne et fertilise tout ce qu'il touche et réapparait où on ne l'attendait pas.
Le taoïsme s'est construit au fil des siècles en s'adaptant aux courants de pensée et religions ultérieures. Il n'y a pas de doute par exemple que les pratiques taoïstes ont été façonnées en partie par les pratiques yoguiques hindoues (bien qu'il est difficile de savoir exactement le degré et la direction de cette influence) et que l'éthique taoïste, quoique toujours très imprégnée de la philosophie antique, s'est progressivement teintée de la pensée bouddhiste. Ce fut le cas dès lors que les idées bouddhistes pénétrèrent durablement la Chine (dynastie Sui et Tang pour le bouddhisme tantrique et Chan).
Les ennuis du taoïsme avec les autorités commencèrent bien avant l'avènement de la République populaire de Chine. A partir de la seconde moitié des Ming, son image s’est graduellement dégradée auprès des intellectuels et hauts fonctionnaires du fait de son lien avec la religion populaire. Que les écoles taoïstes aient été de tout temps des structures idéales pour le développement des mouvements d'opposition ne joua pas non plus en sa faveur. Liang Qichao (1873-1929), avocat du renouveau social de la Chine, écrivit même qu'il était " humiliant" d'avoir à inclure le taoïsme dans l'histoire religieuse chinoise, "car le pays n'en a jamais tiré aucun avantage”
Le Mouvement du 5 mai (1919) déclencha une accentuation de la répression. En 1920 une loi, peu appliquée il est vrai, interdit les temples dédiés aux divinités des éléments et des phénomènes naturels, ainsi que l'usage des talismans et autres protections magiques. Seuls les temples consacrés à des personnages illustres et exemplaires furent autorisés.
Les moines du mont Wudang recueillirent la troisième armée rouge et beaucoup de taoïstes firent preuve de patriotisme pendant l’invasion japonaise, mais ils ne furent pas épargnés par les communistes pour autant. Le monastère principal de l’école Zhengyi sur le mont Longhu au Jiangxi fut incendié en 1948, et son patriarche se réfugia à Taïwan en 1950. La politique générale vis à vis des religions s’appliqua à partir de 1949 au taoïsme et à la religion populaire : pas de supression totale, mais interdiction des nouvelles ordinations, répression de toutes les activités qualifiées de superstitieuses (talismans, divinations..) et anti-marxistes (écoles hiérarchisées, temples et fêtes de clan…) et confiscation de locaux. Certaines sectes furent déclarées illégales et passèrent dans la clandestinité. Parfois obligées de recourir à des voies illégales pour recueillir des fonds, certains de leurs membres se virent associés à des scandales, ce qui n'arrangea rien. En 1956, de précieuses statues de bronze du mont Wudang furent fondues. Dans le cadre du Mouvement pour les trois autonomies destiné à mettre fin à la dépendance financière, idéologique et administrative des religions de Chine vis à vis d’institutions étrangères, fut fondée en 1957 l'Association taoïste chinoise. Le gouvernement espérait aussi à travers elle mieux contrôler l’ensemble très divisé des écoles. Il s’engagea en contrepartie à restaurer et entretenir les temples les plus célèbres. En 1961, les recherches, les publications et la formation de personnel reprirent sous l’impulsion du président, Chen Yingning, mais la Révolution culturelle interrompit vite toute activité pour le taoïsme comme pour les autres religions. En 1966 l’association fut dissoute, les temples fermés ou réquisitionnés, les moines et nonnes renvoyés. On déplora de nombreuses destructions, dont 10 000 rouleaux de textes sacrés au monastère Louguantai (樓觀台) au Shaanxi, près de la passe par laquelle Lao Zi partit, dit la légende, vers l’Ouest.
C’est en 1979 sous Deng Xiao-ping que reprit une certaine activité. L'Association taoïste, reconstituée en mai 1980, tint sa troisième séance au Baiyun Guan (白雲觀 monastère des Nuages blancs) de Pékin, temple principal de l’école Quanzhen Dao, qui rouvrit en 1984 autant comme lieu touristique que religieux. Les associations locales furent reconstituées à partir de quelques anciens maitres et de jeunes recrues complètement inexpérimentées. Le premier centre de formation théologique ouvrit en 1984 au Baiyun Guan de Pékin, et les ordinations Quanzhen reprirent en 1989. En plus mauvais termes avec le gouvernement communiste, Zhengyi dut attendre 1992 pour voir les siennes reconnues et son monastère principal (Longhu) s’ouvrir, tout d’abord aux Chinois d’outre-mer des régions comme Taïwan où cette école est bien implantée. En 1994, on comptait environ 450 grands temples et monastères rouverts et restaurés, en partie avec des fonds donnés par les taoïstes d’outre-mer. Les moins grands fonctionnent il est vrai souvent plus comme des lieux touristiques où moines et nonnes accueillent les visiteurs que comme des centres d’étude et de pratique religieuse. Les pratiquants les plus déterminés se font ermites.
Les temples, moines ou maitres taoïstes doivent obtenir une autorisation formelle d’exercice, nécessaire également pour les cérémonies publiques. Néanmoins, dans les régions rurales, de nombreux maitres mariés et vivant au sein de la société, souvent dans la mouvance Zhengyi, plus difficiles à contrôler que les moines, exerceraient de façon “sauvage".
La première rencontre entre les clergés taïwanais et continental - première rencontre entre les sectes Quanzhen et Zhengyi de l'histoire du taoïsme - se déroula en septembre 1992 au temple de Louguantai. En novembre eut lieu la première visite officielle en Chine d'une délégation de l'Association générale des taoïstes de Taiwan.
Des recherches sur le taoïsme ont lieu dans les départements d'étude des religions de l'Académie des sciences sociales, en particulier à Pékin, Shanghai, au Sichuan et au Jiangsu. Des instituts de recherche sur la culture taoïste ont été fondés à Pékin (1989), Shanghai (1988) et Xi'an (1992). Le Taoïsme chinois (Zhongguo Daojiao 中國道教), organe de l’Association, publie des études. De 1986 à 1993 on a réimprimé L'Essentiel des écritures taoïstes (DaozangJiyao 道藏輯要), extrait de treize mille textes gravés sur bois de la dynastie Qing.
Étant si différent de nos schémas mentaux, le taoïsme sert parfois de véhicule ou de justification à des idées simplistes ou fumeuses, qui auraient sans doute bien fait rire ses fondateurs. Quelques livres permettent cependant de l'approcher sans trop se fourvoyer.
| Philosophie chinoise |
| Figures : Confucius, Mencius, Xun Zi, Lao Zi, Zhuang Zi, Lie Zi, Mo Zi, Han Fei Zi, Ho Yen, Huainan Zi, Sunzi, Wang Bi, Zhu Xi. |
| Courants : Confucianisme, Taoïsme, Mohisme, Légisme, Néoconfucianisme. |
| Textes : classiques chinois. |
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